Pragmatique, rationnel, indépendant

La croissance économique

L’expérience des autres pays montre qu’une croissance faible n’était qu’un accident de parcours. La France, au contraire, ne parvient pas à sortir de la crise. Résultat : sa performance relative est mauvaise, les Français souffrent qu’un manque à gagner conséquent, et la place de la France sur la scène internationale se dégrade.

Source : Ministère des affaires étrangères.

La France a su durant les Trente Glorieuses montrer sa capacité à générer une croissance supérieure à celle des Etats-Unis – qui peut il est vrai s’expliquer par l’effort de reconstruction après la deuxième guerre mondiale et la modernisation de l’économie. Cependant, la France ayant encore dans les années 1970 un niveau de vie inférieur à celui des Etats-Unis, on aurait dû assister à un effet de rattrapage se traduisant par une croissance économique supérieure. Or ce n’a plus été le cas à partir de 1973. Une dynamique de progrès semble s’être cassée alors même que la démonstration avait été faite de la capacité de la France à croître rapidement. Que s'est-il passé? Quel ressort avons-nous cassé? 

Les Etats-Unis ont réussi à surmonter les chocs pétroliers de 1974 et 1979 en engageant des réformes de fond dans les années 1980 qui ont permis à leur économie de tirer le meilleur parti de la révolution technologique des années 1990, pendant que la France stagnait. Plus récemment, les Etats-Unis se sont préparés avec pragmatisme à absorber les effets déstabilisants pour leur industrie, y compris dans les services, de l'entrée en application des différents accords de l'OMC. Le résultat en terme de croissance économique et d'emploi est frappant. 

Les comparaisons avec les autres pays phares sont sans appel.



Sources: National Statistics UK, Bureau of Economic Statistics (Etats-Unis), INSEE.

Si la France avait pris le même chemin que les Etats-Unis dès les années 1980, notre PIB serait de 26% supérieur à son niveau actuel. Et l’écart se creuse. Le taux de croissance annuel moyen des Etats-Unis entre 2002 et 2004 est de 3,1%, celui de la France de 1,3%. Quant à la croissance potentielle de l’économie française dans son état actuel et compte tenu des perspectives démographiques, elle est évaluée par Patrick Artus[1] à 1,2%. 
 
Le PIB est un indicateur de puissance économique. Le PIB par habitant constitue une meilleure base de comparaison de la productivité et du niveau de vie entre pays.



Source : National Statistics UK, US Census Bureau, Bureau of Economic Statistics (Etats-Unis), INSEE.

Le taux de croissance du PIB par tête français de 1,8% de 1975 à 2004 est inférieur au taux de croissance américain (2,1%) et surtout britannique (2,6%). Ces écarts peuvent sembler marginaux, mais ils se traduisent par un retard de PIB par tête cumulé sur 29 ans de 10% vis-à-vis des Etats-Unis, et de 25% vis-à-vis du Royaume-Uni. Si la France avait connu la croissance britannique des trente dernières années, chaque Français gagnerait en moyenne 6300 euros de plus en 2004 ; sur toute la période (1975-2004), chaque Français aurait gagné au total 39 700 euros de plus.

Une autre façon de mesurer le terrain perdu est la suivante : Comment la France se compare-t-elle à la moyenne des cinq premiers pays de l’OCDE en PIB par habitant en Parité de Pouvoir d’achat (PPA)[2], à prix constants? Il s’avère qu’elle décroche de plus en plus du groupe de tête : l’écart est passé de -19% à -28%.



Si la France avait maintenu par rapport aux cinq premiers pays de l’OCDE le même écart qu’en 1975 en termes de PIB par tête, chaque Français aurait un revenu annuel supérieur de 13,5% en 2003, soit 3404 euros de plus par an par habitant.

Même au sein de l’Europe, la France perd du terrain. Selon une étude d’Eurostat, la France est ainsi passée de la 3e à la 12e place au sein de l’Europe des 15 entre 1992 et 1999 en termes de PIB en PPA. Elle est 11e en terme de PIB par habitant en euros courants. 

La tendance s’accélère. Alors que l’écart avec les Etats-Unis s’était réduit jusqu’en 1975, il a stagné dans les années 1980 et s’est accru dans les années 1990. En parité de pouvoir d’achat, le PIB par habitant est de 35 000$ aux Etats-Unis et de 25 000$ en France.[3] 

Le PIB français par habitant relatif a celui de l'américain est inférieur aujourd'hui a ce qu'il était en 1970. Selon un calcul du Wall Street Journal[4], si cette tendance continue, le citoyen Américain gagnera deux fois plus que le Français d'ici 20 ans ! Les Français sont-ils moins capables, moins talentueux, moins travailleurs? Ils ont surtout été victimes de mauvaises politiques économiques. Pour comprendre les erreurs ayant plombé la croissance du PIB, on se réfèrera à notre article sur Les inactifs et le ratio de dépendance. 

Autre conséquence, le poids de la France dans l’économie internationale s’en trouve amoindri, à tel point qu’on se dirige vers l’insignifiance… Selon The Economist[5], la part du PIB français dans la production mondiale (évalué en parité de pouvoir d’achat) sera dans 20 ans de seulement 2,3%, contre 21,8% pour la Chine, 18% pour les Etats-Unis, et 9,9% pour l’Inde. La France est-elle condamnée à devenir un nain économique ?

Finalement, on peut simplement décomposer le PIB par habitant en différent composants, pour identifier ses déterminants.

Source.

Si l'on considère que les évolutions démographiques sont en large partie exogènes, la différence de PIB par tête entre la France et les pays plus prospères s’explique principalement par :  
 - Un faible taux d’activité en France - cf. notre article sur Le travail. En particulier, un taux d’imposition élevé décourage l’activité économique, comme expliqué dans les articles sur Le poids de l’Etat, et sur Les prélèvements obligatoires, et l'âge de la retraite, à 62 ans, est beaucoup trop bas.     
 - Un temps de travail très réduit, notamment à cause des "35 heures" - cf. notre article sur Le travail.  
 - Une productivité du travail qui progresse peu, comme le montre le graphique ci-dessous. L'économie française est peu dynamique, elle a du mal à se renouveler, avec les conséquences néfastes en termes de productivité (cf. notre article sur La destruction créatrice).

Ce dernier graphique (The Economist du 9 octobre 2010) montre l'évolution de la productivité horaire du travail. On note tout d'abord la forte croissance en Europe et au Japon durant la phase de rattrapage vis-à-vis des Etats-Unis, qui est maintenant terminée. Plus récemment, l'économie américaine, plus dynamique, a connu une croissance de la productivité plus élevée qu'en Europe. Dans ses rapports annuels intitulés Doing Business, la Banque Mondiale a démontré données à l'appui que la prospérité économique est très étroitement corrélée avec la présence d'un environnement pro-business.

Bruno Lannes, Pierre Pâris

Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau.

Pour en savoir plus : 

 

[1] Chef économiste à CDC, et membre du Conseil d’Analyse Economique, dans Le Monde, 9 juillet 2005.
[2] Pour mener à bien une comparaison de richesse relative à un moment donné, on ne peut plus raisonner en monnaies nationales. Etant donné la volatilité des taux de change, l’approche la plus couramment utilisée consiste à calculer la richesse en parité de pouvoir d’achat, c’est-à-dire en neutralisant l’effet des différents niveaux de prix dans différents pays.
[3] « D’où viennent les écarts de richesse par habitant entre les Etats-Unis, la zone euro, la France et le Japon ? », Direction de la Prévision et de l’Analyse économique (Ministère de l’économie et des finances), n°9, sept. 2003.
[4] Wall Street Journal, 8 février 2006.
[5] The Economist, numéro spécial The world in 2006.

 

 


 

differentiel de taux de croissance france USA

Dans cette étude un aspect n'est pas évoqué c'est celui de la compétitivité des produits français. Malgré un coût du travail comparable et plus généralement un "handicap social" (taux d'actif, poids des prélèvement sociaux...) voisin, l'Allemagne (malgré le poids de l'Est!), et les pays scandinaves connaissent un PIB per capita supérieur au nôtre. Leurs performances reposent sur leur capacité à mettre sur le marché des produits en adéquation avec les attentes, de conserver leur avantage compétitif par la qualité et l'innovation. La France n'y parvient pas en raison d'un enchevêtrement de causes qui relèvent plus de la sociologie que de l'économie: management archaïque hérité de l'ancien régime, absence d'adhésion et de sentiment d'appartenance, souffrance psychologique au travail, dialogue social conflictuel etc...Ces aspects sont ignorés par la science économique car ils échappent à l'approche quantitative. Par quelle méthode en tenir compte pour que les analyses de causalité ne soient pas tronquées ?

innovation

Un bon début serait l'article sur la Destruction Créatrice : www.EclairEco.org/fr/DestructionCreatrice. L'économie française est simplement trop schlérosée !