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Les dépenses publiques

Les dépenses publiques n’ont cessé d’augmenter en France, bien plus que dans les autres pays, et représentent maintenant 57% du PIB. L’explosion des dépenses de sécurité sociale en est largement responsable. La France a un secteur public exceptionnellement lourd, qui de 1970 à 2000 s’est développé aux dépens de la stagnation du secteur privé.  

"La qualité d'un service public ne dépend pas vraiment du montant dépensé [par l'Etat] (autrement, les lycées américains, les media français, et les universités allemandes seraient les meilleurs au monde!)." The Economist, The World in 2011.

 

Source : INSEE. 

Il n’y a pas de miracle : il faut financer ce qu’on dépense, de sorte que l’évolution des prélèvements suit tant bien que mal celle des dépenses. On comprend bien à la vue du graphique ci-dessus que la situation des finances publiques françaises depuis trente ans est intenable : il y a un écart de 10% du PIB entre dépenses et prélèvements obligatoires. Bon an mal an, la moitié de la différence est financée par les recettes de production et les revenus de propriété de l’Etat. Le reste constitue le déficit « financé » par la dette, qu’il faudra un jour rembourser.

En 1970, la part des dépenses publiques dans le PIB en France était dans la moyenne de l’Union Européenne à 15, soit environ 37%. En 2000, elle était de 53%, contre 48% en moyenne parmi les 15. Aux Etats-Unis, elle est restée stable sur cette période, légèrement au-dessus de 30% du PIB.[1] Cet accroissement considérable en France est en premier lieu attribuable à l’envolée des dépenses de sécurité sociale.

 

Source : INSEE.

En particulier, le coût de la protection sociale (c'est-à-dire santé publique, dépendance, retraites publiques, allocations chômage, etc.) a considérablement augmenté depuis 40 ans. En 2010, il représentait 42,2% des dépenses publiques totales.

Le travailleur français moyen consacre chaque année[2] 28 151 euros de son salaire pour financer le service public, soit 2 346 euros par mois. Le fait que la plupart des travailleurs français gagnent en brut une somme inférieure à 2 346 euros chaque mois montre bien à quel point la France est redevable envers les individus dont les revenus sont élevés, et surtout à quel point elle a besoin de les attirer et de les retenir. 

Les comparaisons internationales montrent que la France est un des pays dans lequel les dépenses publiques par travailleur sont les plus élevées.

 

Source : OCDE.

En 1950, alors que des idéologies étatiques dominaient en France, un actif sur neuf était fonctionnaire. En 2001, ce ratio est passé à un actif sur quatre. De même, la part des prestations sociales dans le revenu des ménages a plus que doublé depuis 1949.[3] Tandis que la Chine opère sa révolution libérale et se développe à vitesse accélérée, la France suit le chemin inverse avec toujours plus d’emprise de l’Etat sur l’économie. Une étude récente de CLSA estime que le secteur privé chinois représente aujourd’hui environ les trois-quarts de l’emploi et du PIB chinois. Il constate que les entreprises privées sont plus rentables, plus efficaces et moins endettées que le secteur public.[4]

 

Source : OCDE.

Il ressort du premier rapport annuel de l’Etat sur la fonction publique[5] que le nombre de fonctionnaires, tel que calculé par l’Etat (5 031 834 personnes fin 2003, soit 81 agents publics pour 1000 habitants en France métropolitaine) a progressé entre 1982 et 2003 de 24% dans l’ensemble, de 42% dans la fonction publique territoriale, de 28% dans la fonction publique hospitalière et de 14% dans la fonction publique de l’Etat. Cette croissance des effectifs doit évidemment être mise en regard de la croissance de la population sur la même période, qui n’a été que de 10%. Si la décentralisation a fait exploser le nombre de fonctionnaires dans les collectivités territoriales, celui-ci n’a pas diminué pour autant au sein de l’Etat.

Le graphique ci-dessous[6] illustre les taux de croissance de l’emploi dans le secteur privé d’une part, dans le secteur public d’autre part. De 1970 à 2000, le taux de croissance annuel moyen de l’emploi privé était à peine positif, à 0,2% par an… Pendant ce temps, l’emploi public progressait de 1,5% par an en moyenne. Pendant 30 ans, pour 2 emplois créés dans le secteur privé, 15 emplois étaient créés dans le secteur public. Les périodes durant lesquelles l’emploi public explosait alors que l’emploi privé s’effondrait, sont 1981-1987 et 1991-1994. Alors que l’emploi privé n’a quasiment pas bougé en 30 ans, l’emploi public a augmenté de plus de 60% sur la même période.

La plupart des Etats de l’OCDE ont réduit la part du PIB consacrée à la fonction publique, mais pas la France. Ça ne signifie pas pour autant qu’ils ont perdu en qualité de service public, mais simplement que la croissance du secteur privé a été plus rapide que celle du secteur public. En outre, quand on connaît l'inefficacité et le gaspillage de l'administration publique en France, avec pour symbole la semaine de travail de cinq heures des fonctionnaires (voir cet article), on ne peut pas nier que le même service public pourrait être fourni à bien moindre coût avec des effectifs largement réduits. 

La Cour des Comptes estime qu’il faudrait supprimer entre 30 000 et 40 000 postes de fonctionnaires par an pour simplement stabiliser les dépenses de pension et de rémunération. Ce serait chose aisée du fait des départs à la retraite massifs de fonctionnaires, qu’il suffirait de ne pas remplacer. Ce n’est pas la voie suivie. En embauchant massivement pour compenser ces départs, l’Etat est en train de laisser passer sa chance de se réformer en douceur.[7] 

Pourtant, des solutions radicales sont possibles. A terme, elles deviennent nécessaires. Ainsi, la ville/commune de Maywood, en Californie, n'a plus aucun fonctionnaire ou employé municipal (source). Les services publics essentiels sont désormais fournis par des entreprises indépendantes. 

Source : OCDE Public Management Service, 2001 (inclus les fonctionnaires d’Etat, des collectivités territoriales et des   administrations de sécurité sociale).

En France, cette croissance de la fonction publique n’a pas été accompagnée d’une remise en cause des avantages dont elle bénéficie. Ainsi, le salaire annuel net médian dans la fonction publique en 2003 (22 750 euros) est de 30% supérieur à celui du privé (17 463 euros).[8] Le salaire net annuel moyen dans la fonction publique a doublé entre 1982 et 2002, pour s’établir à 24 308 euros. Cela signifie que non seulement les fonctionnaires bénéficient de la sécurité de l’emploi et de privilèges considérables en vue de leurs retraites, mais en outre ils disposent de salaires supérieurs. Or ce n’est pas la règle à l’étranger : la sécurité de l’emploi dans la fonction publique se traduit généralement par des rémunérations moyennes inférieures à celles du secteur privé.

Par conséquent, à quoi les trois-quarts des jeunes Français peuvent-ils rêver ? Quelle est l’aspiration qui unit 75% de la jeunesse ? Et bien ils rêvent tous d’être… fonctionnaires ! Selon un sondage IPSOS[9], 75% des jeunes Français de 15 à 30 ans « aimeraient travailler dans la fonction publique s’ils en avaient l’opportunité ». Où sont les entrepreneurs, les créateurs de richesse audacieux qui feront décoller l’économie ? Aux Etats-Unis, l’idéal des jeunes étudiants de 2000 à 2010 a tour à tour été Microsoft, Google, puis Apple.[10] Cela en dit long sur les mentalités respectives… Une fois encore, tant que la France accordera des privilèges indus aux fonctionnaires, elle ne pourra qu’être un pays de bureaucrates dépassé par l’évolution économique. Il est urgent de rééquilibrer les efforts et les rémunérations pour restaurer l’attractivité du secteur privé.

Ces constats nous amènent à nous interroger : l’Etat doit-il être dirigé en priorité pour le bien de ses citoyens, ou pour celui de ses employés ? En France, il semblerait que l'on opte de facto pour la deuxième option... Cela peut notamment être expliqué par l'influence disproportionnée des syndicats. Ceux-ci ont beau être non-représentatifs (seulement 8% des travailleurs sont syndiqués), ils bénéficient de privilèges exorbitants et ils détournent chaque année quatre milliards d'euros à leur profit (source : http://www.lefigaro.fr/societes/2011/12/03/04015-20111203ARTFIG00002-l-argent-cache-des-syndicats.php). Particulièrement forts dans le secteur public, ces syndicats assurent que l'Etat est effectivement géré pour le bénéfice des fonctionnaires, et non pas du pays. Tout ceci avec la complicité des politiciens qui n'ont aucun problème à dépenser sans compter l'argent des contribuables.   

Pourtant, des solutions existent. Ainsi, le magazine The Economist a récemment remarqué qu'il est commun que les entreprises réduisent leur nombre d'employés de 10%, et qu'il n'y a aucune raison pour que les Etats ne puissent pas le faire. Le magazine cite également les exemples de la Suède et du Canada, dont les Etats ont procédé à de telles réductions du nombre d'employés de leurs secteurs publics, tout en demeurant des pays agréables à vivre avec des services publics fonctionnels. Il note ensuite que la Nouvelle Zélande, le Canada et les Pays-Bas ont réussi à baisser les dépenses publiques de 10% à partir de 1992. Il conclut que "Les demandes de la gauche, qui consistent à défendre coûte-que-coûte les "acquis sociaux" et les privilèges du secteur public, vont condamner l'Etat à s'effondrer sous son propre poids."[10] Lorsqu'on sait enfin que 90% des Français sont favorables à une diminution des dépenses publiques selon un sondage IFOP,[11] on se demande ce qu'attend le gouvernement pour agir.

Bruno Lannes, Pierre Pâris

Pour en savoir plus :

Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau.





[1] Sophie Maieux, directrice du budget, « La maîtrise des dépenses publiques », Revue française de finances publiques, mars 2002.
[2] En prélèvement obligatoires ou épargne forcée liée au déficit public. Source: INSEE. On pourra objecter à cette approche que les inactifs et chômeurs payent également des impôts puisqu’ils s’acquittent des taxes indirectes, telles que la TVA. Cela dit, ils payent la TVA sur leurs achats grâce aux transferts publics qui ont pour source ultime la création de richesse issue des travailleurs. In fine, ce sont bien les travailleurs qui sont taxés. Les revenus du capital sont certes également taxés. Mais cette taxation est faible et destinée à décliner du fait de la mobilité des capitaux et l’intégration accrue des économies nationales. Deuxièmement, en l’absence d’une classe de rentiers en France, ceux qui ont des capitaux à placer sont pour leur immense majorité également des travailleurs, et leurs capitaux proviennent de leur travail. Troisièmement, en présence de mobilité internationale des capitaux et diversification internationale des portefeuilles, raisonner comme si les Français détenaient le capital des entreprises françaises est obsolète.
[3] Capital, août 2005.
[4] Financial Times,13 septembre 2005. Bien sûr cette estimation ne fait pas l’unanimité, puisqu’elle repose sur une définition souple de ce qu’est une entreprise privée. Le gouvernement de Pékin estime ainsi la part du secteur privé à 22% du PIB, basée sur une définition très stricte de ce qu’est une entreprise privée. Rappelons que le secteur privé était inexistant en 1992…
[5] Figaro Economie, juillet 2005.
[6] Source: Frédéric Docquier, Professeur à l’université de Lille 2, et OCDE.
[7] Direction générale de l’administration et de la fonction publique (ministère de la fonction publique et de la réforme de l’Etat), « point stat » de mars 2000 : « les départs de fonctionnaires devraient atteindre un maximum en 2008 pour retrouver en 2016 le niveau actuel ». Alors que les départs à la retraite des agents civils de l’Etat ne s’élevaient qu’à      35 500 en 1992, ils seront compris entre 58 000 et 64 000 entre 2003 et 2012, avant de revenir vers les 50 000 par an ensuite.
[8] Source : INSEE.
[9] Sondage IPSOS de juin 2004, pour La Gazette des Communes et Le Monde.
[10] The Economist, Leaders, et The growth of the state, 23 janvier 2010.