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Emigration et attractivité du territoire

De nombreux Français, en majorité jeunes, qualifiés et productifs, s’expatrient. Ce phénomène s’accélère dangereusement. En cause, un marché de l’emploi rigide en France, des salaires relativement bas pour les professions intellectuelles, et des prélèvements obligatoires élevés sur les hauts revenus.  

 

"Migration matters. Economic growth depends on productivity, and the most productive people are often the most mobile." The Economist, 19 décembre 2009.

"London's prosperity is built on its ability to attract the rich, the clever and the hard-working from all over the world." The Economist, 20 juin 2012.

L’émigration hors de France est massive. Les « stocks » sont déjà impressionnants. Environ deux millions de Français sont actuellement expatriés, soit plus de 3% de la population française.[1] Parmi eux, 300 000 vivent aux Etats-Unis, et 280 000 au Royaume-Uni.[2] Mais l’évolution des flux témoigne de l’accélération de ce phénomène. Ainsi, l’augmentation du stock d’expatriés a été de +39,5% de 1995 à 2004, soit une croissance annuelle de +3,3%, mais de 7,66%[3]sur ces trois dernières années. Si l’on s’intéresse aux jeunes actifs à fort potentiel, l’évolution est plus édifiante encore. En 1994, 10% des élèves de l’école Polytechnique hors corps d’Etat trouvaient leur premier emploi à l’étranger. En 2003, ils étaient 22%. De même, en 1990, 12% des diplômés HEC trouvaient leur premier emploi à l’étranger, en 2004 ils étaient 27%. Par ailleurs, un sondage réalisé sur le campus d’HEC indique que 83% des étudiants de grande école ou master envisagent de partir travailler à l’étranger.[4]De même pour les chercheurs : « 400 000 européens travaillent actuellement aux Etats-Unis dans le secteur de la recherche et du développement. D'ici 2010, les Etats-Unis prévoient de recruter 700 000 chercheurs de plus. La France arrive, en 2000, au deuxième rang derrière l'Allemagne pour la présence de jeunes scientifiques venant d'obtenir leur diplôme et s'expatriant aux Etats-Unis, avec environ 3000 chercheurs. »[5]   

Ces vingt dernières années, le stock d’expatriés français a gagné environ 530 000 personnes, soit la population de l’agglomération de Nantes. De 2002 à 2004, le phénomène s’accélère. Ce sont maintenant près de 9 millions de personnes qui quitteront la France dans les vingt prochaines années si le rythme atteint (augmentation du stock d’expatriés de 7,66% par an sur ces trois années[6]) se maintient. On prend ainsi la mesure de la gravité du phénomène.



Source : DFAE.

Les contribuables qui se sont expatriés en 1998 et 1999 avaient en moyenne un revenu de 46% supérieur à celui du contribuable moyen (29 000€ contre 20 000€).[7] Or ces expatriés étaient en moyenne plus jeunes que le contribuable moyen.[8] Ce qui laisse penser qu’il s’agit effectivement d’individus à fort potentiel qui s’expatrient en début de carrière, donc avant de gagner un revenu élevé. Voilà pourquoi les statistiques officielles ont tendance à sous-estimer l’ampleur de la perte de richesse pour la France : si l’on comptabilise le revenu ou la richesse des individus qui partent, on sous-estime largement leur revenu ou leur richesse à venir. 
 
La comparaison du profil socioprofessionnel des Français et des expatriés est frappante :



Source : Ministère des Affaires Etrangères, DFAE.

Les professions des expatriés requièrent plus de qualifications que celles exercées par la majorité des Français. Leur taux de chômage est bien plus faible (2,7% vs 10,1% ‘officiel’), signe de leur bonne insertion sur le marché du travail et de leur utilité. Ils constituent les forces vives dont la France a besoin… mais qu’elle fait fuir.

On voit aussi de plus en plus de retraités partir à l’étranger, pour bénéficier d’une fiscalité plus douce. 

Où partent-ils ? La DFAE fournit des statistiques sur les Français immatriculés à l’étranger, qui représentent il est vrai une petite fraction du nombre total de Français expatriés. Ces données nous permettent néanmoins de comparer l'évolution des poids relatifs des différentes régions d’expatriation.



Les Français partent de moins en moins en Afrique (15% des expatriés en 2003 contre 25% en 1984), mais de plus en plus dans toutes les autres régions du monde.

Pourquoi nos compatriotes quittent-ils la France ? Pour des raisons malheureusement trop familières, à savoir :

  • Une France à la traîne où domine le chômage : c’est une raison majeure de l’expatriation des jeunes. Dans un dossier de Libération sur le sujet, le sociologue Olivier Galland déclare : « Pour les 18-30 ans, la France est rigide et sans souplesse ». Dans le même dossier, des jeunes expriment leur enthousiasme : « Ici, à Vancouver, pas de problème d’emploi. Celui qui veut bosser bosse. Depuis que j’ai été embauché, j’ai reçu quatre nouvelles propositions. Et j’ai multiplié mon salaire par trois ou quatre par rapport à la France. », ou encore « C’est incomparable, on trouve un job alimentaire en deux jours. Assez vite, je suis passé superviseur, un boulot bien payé. A mon retour à Paris, je me suis tout de suite retrouvé exploité, à faire serveur au noir, faute de mieux. »[9] 
  • Les différences de salaires en défaveur de la France : elles sont particulièrement marquées pour les emplois fortement créateurs de richesse : médecins, ingénieurs informatiques, professeurs et universitaires, scientifiques,…
  • Les prélèvements obligatoires sur les salaires : le poids des prélèvements sociaux sur les salaires (près de 50% de taxes sur le travailleur moyen, contre 36,5% pour la moyenne de l’OCDE en 2003) distingue la structure de la fiscalité française. En résulte un coût du travail nettement plus élevé. Deux impôts sont particulièrement pernicieux:

L’IRPP (impôt sur le revenu) : la France est l’un des pays de l’OCDE où l’incitation à travailler est la plus faible, en raison du taux marginal d’IRPP très élevé (51% avec les CRDS et CSG), surtout si on y ajoute les charges sociales. Ce seuil d’imposition au taux maximum est en outre très vite atteint en France : il y est fixé à seulement 220% du salaire moyen ouvrier, contre 1000% aux Etats-Unis. En d’autres termes, la France est l’un des pays où l’incitation à travailler pour les hauts revenus est la plus faible. Or ce sont les plus grands créateurs de richesse, et les contribuables les plus conséquents. Naturellement, la réforme de l’impôt sur le revenu introduite en 2007 n’a rien changé à la donne puisqu’il s’agit simplement de réintégrer dans le barème les abattements dont disposaient les contribuables. Plus inquiétant, du fait de la progressivité de l’impôt sur le revenu, le départ ou le changement de modes de rémunération d’un nombre relativement réduit de contribuables suffit pour en diminuer le rendement de façon considérable. Rappelons que 1% des foyers fiscaux contribuent 33% des recettes, et 10% contribuent 71%.[10] Le départ d’un nombre limité de contribuables suffirait donc à fortement réduire les recettes de l’IRPP.[11 

L’ISF (impôt de solidarité sur la fortune) : peu de pays ont un impôt sur la fortune ; quatre pays l’ont supprimé entre 1993 et 2001 en Europe : l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark et les Pays-Bas. La Finlande l’a supprimé en 2006, l’Espagne en 2007. En Allemagne, la cour suprême a déclaré l’ISF inconstitutionnel, les contribuables devant disposer au minimum de plus de la moitié de leurs revenus au nom du principe général de liberté. En France, les hommes politiques, ont tout simplement peur d’aborder le sujet ! Pendant ce temps, des contribuables de plus en plus nombreux vont vivre sous d’autres cieux, rendant indirectement encore plus intolérable la pression fiscale pour ceux qui restent, les incitant à leur tour à quitter notre beau pays. Le phénomène prend de l’ampleur : Jean-Yves Mercier, du cabinet d’avocats fiscalistes CMS Bureau Francis Lefebvre, constate la démocratisation de la « délocalisation fiscale ».[12] Pour plus de détails, lire la publication de l’Institut Montaigne sur l’ISF qui conclut que ce dernier coûte au moins quatre fois plus cher à l’Etat qu’il ne lui rapporte.  

Quelque philanthropes et patriotes soient-ils, lorsque le seuil de l’intolérable est atteint, ces personnes partent, souvent aussi pour des raisons autres que financières : ils savent qu’ils trouveront sous d’autres cieux de meilleures conditions de travail, éventuellement plus de moyens, mais surtout plus de considération pour le travail, l’effort, la réussite professionnelle, au lieu de « notre civilisation des loisirs » qui valorise et récompense l’inactivité par l’assistanat. Comment ne pas juger le système français profondément injuste et confiscatoire ? Pour Bernard Darty, « Quand on a consacré sa vie au travail, et que l’on estime avoir apporté sa contribution à la collectivité en créant des emplois, payer un impôt de 26% sur la plus-value consécutive à la vente de son entreprise est dur à avaler. Quant à l’ISF, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. »[13] 

Ne nous y trompons pas : nos voisins se réjouissent de cet aveuglement. Yves de Jonghe, député bruxellois, l’exprime ouvertement : « Chez nous, les restaurateurs, magasins de luxe, agents immobiliers, banquiers et autres commerçants ne craignent qu’une chose : que la France supprime l’ISF et que ces exilés dorés ne quittent le pays pour retrouver leur mère patrie. » Marc Loos, attaché économique et commercial à l’ambassade de Belgique en France, souligne que le départ des hommes entraîne souvent celui des entreprises, et donc des emplois : « On voit également beaucoup d’hommes d’affaires et de patrons français qui, après avoir créé une filiale en Belgique, s’aperçoivent qu’il est fiscalement intéressant de délocaliser le siège social de leur entreprise de ce côté-ci de la frontière. »[14]Finalement, au cours d’une enquête sur les dizaines de milliers de français qui fuient leur pays et ses lourds impôts pour s’installer en Belgique, Le Nouvel Economiste s’interroge : « Pourquoi les dirigeants français continuent-ils de sous-estimer l’effet dévastateur de la fiscalité française sur l’économie du pays ? »[15] Démagogie aux dépens du pragmatisme ? 

Enfin, soulignons que ce phénomène de délocalisation fiscale individuelle est accompagné par un phénomène de délocalisation fiscale de sièges sociaux de sociétés, qui prive déjà les pouvoirs publics des recettes de l’impôt sur les sociétés. Or le phénomène s’amplifie, car il existe de larges écarts de taux d’IS en Europe, de 5% à 11% en Suisse par exemple, contre 34,5% en France.[16] Pour plus de détails sur ce thème, se référer à la fiche sur La compétitivité

Bruno Lannes, Pierre Paris

Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau.




[1] Source : www.france-expatries.com.
[2] Source : www.expat.org.
[3] Source : DFAE.
[4] Source : HEC-sondages. Seulement 9% pensent ne pas quitter la France, et 8% ne se prononcent pas. Les MBA HEC n’étaient pas présents dans l’échantillon, mais 56% d’entre eux trouvent leur premier emploi à l’étranger en 2004, contre 26% en 1993.
[5] Lettre ouverte au Président de la République française du Collectif des Chercheurs Expatriés, Time Magazine (19 janvier 2004), rapport de Danièle Blondel (2003). En France, le taux d’émigration des individus hautement qualifiés s’élève à 4,5%, selon l’OCDE.
[6] Source : DFAE.
[7] Audition de Florence Parly, secrétaire d’Etat au Budget, au Sénat en 2001. www.senat.fr/commission/missions/Expatriation/expatriation010522.html
[8] Audition de Jean-Paul Fitoussi, Président de l’OFCE, au Sénat en 2000. www.senat.fr/commission/missions/Expatriation/expatriation001120.html
[9] Libération, 11 août 2005.
[10] Source : Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, chiffres pour 2003.
[11] Après tout 1% des foyers ne représentent que 280 000 foyers. Au rythme atteint (surtout si les déductions fiscales sont plafonnées à 8000 euros sur les revenus de 2006), on peut s’attendre à une poursuite, voire à une accélération de l’émigration.
[12] Citation extraites du dossier réalisé par Le Point du 1er septembre 2005, « Ces riches qui quittent la France ».
[13] Citation extraites du dossier réalisé par Le Point du 1er septembre 2005, « Ces riches qui quittent la France ».
[14] Citations extraites du dossier réalisé par Le Point du 1er septembre 2005, « Ces riches qui quittent la France ».
[15] Source : Le Nouvel Economiste, supplément Belgique du 22 juillet 2005.
[16] La Suisse a attiré 55% des entreprises ayant établi ou déménagé leurs sièges européens entre 1999 et 2003. « Le nombre d’arrivées a doublé en 2 ans » se félicite Francis Sermet, directeur du développement économique du canton de Vaud. Cité par le Journal du Dimanche 9 octobre 2005. 

Plusieurs points de

Plusieurs points de l'exposé me semblent fallacieux, parce que manquant de rigueur analytique :
- les courbes montrant l'évolution du nombre d'expatriés sont calculées en indices. Les courbes montrent que l'évolution du nombre relatif d'expatriés pour la France croit bien moins vite que dans le reste du monde. Les courbes ne nous apprennent donc rien ici par manque de données brutes. Elles auraient même tendance à montrer l'inverse de ce qui est défendu ici.
- sont pointées les professions intellectuelles supérieures en partances (avec une préférence pour HEC et Poly, on peut s'interroger sur la pertinence de ce choix, leurs cursus tendant vers l'internationalisation...). Nul par n'est fait mention des immigrants... la fuite des cerveaux vers la France existe pourtant bel et bien, on l'oublie. D'où une représentation noire de la situation.
- quid de la durée de l'expatriation... est-elle définitive ? Les jeunes de grandes écoles ne partent-ils pas pour revenir ? Donc importer des savoirs faire étrangers créateurs de richesse ?
- une autre partie de l'analyse montre que l'expatriation française se fait vers l'Europe principalement. N'était-ce pas une conséquence nécessaire et recherchée par la libéralisation des marchés européens ? De quoi se plaint-on en somme...
- la question des impôts ne serait-elle pas un épouvantail nous empêchant de penser sainement la question. D'autant plus vrai pour l'ISF qui ne touche pas nécessairement les parts les plus "productives" de la population en terme de richesse réelle.

Est-ce que les prélèvement

Est-ce que les prélèvement obligatoires motivent réellement les gens à partir? N'est-ce pas une raison qui reste secondaire dans la décision de quitter son pays?
Votre phrase "notre civilisation des loisirs qui valorise et récompense l'inactivité et l'assistanat" me paraît un peu exagérée. S'il peut être défendu que notre civilisation valorise les loisirs, l'inactivité et l'assistanat ne sont heureusement pas passés au rang de valeurs françaises. Une personne qui ne travaille pas, même une femme au foyer, me semble plutôt mal vue par le reste de la société.

pollux

alors expliquez-moi pourquoi quand SARKOZY parle de l'immigration de travail ,il se fait tout de suite insulté.
on a parlé d'immigration jetable tout de suite en le taxant de FACHO.
c'est a l'image de la france,fainéante,assisté,qui pourrit la vie des gens qui se défoncent pour elle (ca été mon cas personnel) tout simplement parceque on a des gens-foutres des dogmatiques,des psychologues,des gens qui croient tout savoir ,des anti-racistes de merde qui vont vous expliquer que c'est a vous de quitter le pays au détriment des baltringues de banlieues qui passent leurs temps a bruler des bagnoles tout en percevant leur petit RMI.
et les autres comme moi ingénieur informatique on ose nous proposer parfois des postes payés au SMIC en étént certifié avec 5 ans d'expérience.
la france est devenu le tiers monde en terme de salaire et de compétences.
mais tout ca ne dure qu'un temps.
2 200 000 francais aujourd'hui,2 500 000 demain iront voter avec leurs pieds comme moi.
a bonne entendeur salut.
et je vous laisse avec des baltringues comme CHIRAC,AUBRY,DRAY,ROYAL.
avec des gens comme ca c'est sur on va gagner !!!