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Les hedge funds

Les hedge funds sont des fonds de capital peu régulés, dont l’objectif est de générer une rentabilité indépendante du cycle économique ou de la direction des marchés financiers. Ils utilisent fréquemment le leverage (l’emprunt) pour augmenter leur rentabilité. Ils géraient 1,2 trillion de dollars d’actifs fin 2006[1], soit un peu moins de 1% de la valeur totale des actifs financiers dans le monde (140 trillion de dollars en 2005[2]).

Pourquoi a-t-on besoin des hedge funds ? Simplement parce que les autres formes de fonds financiers sont très régulés, et ne peuvent pas prendre nombre de positions de nature à corriger les excès des marchés. Par exemple, imaginons que certaines actions sont surévaluées. La plupart des fonds « classiques » n’ont pas le droit de vendre à découvert des actions. Ils ne peuvent donc pas aller contre le marché, et ramener le cours de ces titres à leur niveau correct. Au contraire, les hedge funds peuvent procéder à cette transaction. C’est pourquoi ils sont parfois critiqués ; car ce faisant, ils vont à l’encontre des intérêts particuliers des porteurs de ces titres, ou même des entreprises qui appréciaient une surévaluation de leur titre. Mais ces erreurs d’évaluation des actifs sont socialement néfastes, au sens où elles entraînent une mauvaise allocation du capital, et créent des crises financières. En ce sens, les hedge funds contribuent à l’efficience des marchés financiers.

"Hedge funds can do something the big fund organizations by and large don't do: short bad companies. (...) The ability to short helps portfolio managers clean up industries by taking capital away from bad companies and giving it to good companies. It forces stocks prices to snap back in line with the fundamentals. The more that managers go short as well as long, the more efficient the equity market will be."[3]

Plus généralement, leurs stratégies consistent à procéder à des arbitrages. Pour faire simple, ils achètent des titres financiers dont le prix est relativement bas, et vendent des titres financiers équivalents dont le prix est relativement élevé. Ce faisant, ils unifient et stabilisent les marchés, et corrigent les anomalies qu’ils identifient. Capables de prendre de large positions, ils fournissent aux marchés la liquidité requise pour les stabiliser. La compétition régnant entre les hedge funds assure qu’ils ne génèrent en général pas durablement une rentabilité anormalement élevée.

Jusqu’à la crise des subprime, la faible volatilité récente des marchés financiers, malgré les nombreux chocs qu’ils ont eu à affronter - notamment événements et incertitudes géopolitiques, terrorisme, dégradation du credit rating d’entreprises majeures, crises financières, faillites d’institutions financières, hausse du prix des matières premières, chute du dollar, déséquilibres commerciaux - a été interprétée par de nombreux commentateurs comme une illustration de l’influence stabilisatrice à long-terme des hedge funds. Ils facilitent l’absorption des chocs par le système financier. Parfois en déclenchant des crises mineures avant que l’ampleur des déséquilibres leur ayant donné naissance ne s’accroisse et résulte en une crise majeure. En effet, les hedge funds cherchent et révèlent les anomalies financières, ils s’attaquent aux mauvais prix des actifs financiers. En ce sens, ils peuvent précipiter une crise, de la même façon qu’un médecin révèle une maladie et prescrit un remède parfois désagréable au patient.

Les hedge funds peuvent avoir une influence déstabilisatrice s’ils sont peu nombreux et contraints dans leurs accès aux capitaux. Il peut alors être optimal pour eux de surfer sur les vagues de décrochage des prix. Mais s’ils sont très nombreux (« compétitifs »), ont amplement et systématiquement accès à des capitaux, alors ils procèdent aux arbitrages ; la concurrence qu’ils se livrent assure qu’ils exploitent les anomalies financière jusqu’à les éliminer.

Les commentateurs comme les régulateurs de la finance mondiale avaient leurs regards fixés sur les hedge funds. Il était généralement accepté qu’ils seraient à l’origine de la prochaine crise financière. Or la fameuse crise des subprime (expliquée dans The ever-changing subprime crisis) n’a pas été déclenchée par les hedge funds, mais par les intermédiaires financiers et les banques. On relèvera que les banques, davantage régulées, ont souffert davantage que les hedge funds, aux stratégies pourtant réputées plus risquées. Les banques ont également eu besoin de fonds publics pour être secourues, contrairement aux hedge funds.

C'est pourquoi les hedge funds ont une influence somme tout bénéfique sur le système financier. Soyons conscient que toute réglementation contraignante aurait pour effet de les faire fuir hors de France (ou d'Europe), et de diminuer encore davantage l'attrait de notre place financière.   

Pierre Chaigneau

Pour en savoir plus :

o Hedge funds need a level-headed approach, Financial Times Fund Management, 17 septembre 2007.

Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau.

[1] Source : Hedge Fund Research Inc. [2] Souce : McKinsey. [3] Jesse Eisinger, The Wall Street Journal Europe, 10 décembre 2001.