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Les inactifs et le ratio de dépendance

L’augmentation du nombre des inactifs accroît chaque jour le fardeau pesant sur les travailleurs français. Conséquences : la croissance est molle, le pouvoir d’achat stagne, les retraites sont incertaines… Pourtant, la solution est limpide et irréfutable : il suffit de s'assurer que suffisamment de personnes travaillent, et travaillent suffisamment longtemps.

Le ratio de dépendance se définit comme le nombre d’individus sans emploi rapporté au nombre d’individus avec emploi. En France en 2007, il s’élève à 1,47. C’est-à-dire qu’il y a 1,47 individus sans emploi pour chaque travailleur. La production de ce dernier constitue donc le pouvoir d’achat de 2,47 personnes.

Durant les dernières décennies, l’augmentation du taux d’activité des femmes a en partie compensé la diminution du taux d’activité des jeunes et des personnes âgées (voir la fiche sur Le travail). Mais ce facteur atteint ses limites. Avec les départs à la retraite prématurés et massifs de la génération du baby boom, le ratio de dépendance va se dégrader dangereusement dans les années à venir.

C’est problématique pour trois raisons : cela réduit la production potentielle du pays, donc la croissance économique, cela réduit le pouvoir d’achat, sans compter que le financement des retraites va être de plus en plus délicat à assurer (voir la fiche sur Les retraites). Afin que le pouvoir d’achat en France croisse, il faut que les gains de productivité fassent plus que compenser la diminution du ratio de dépendance.

A horizon 2050, la France comptera 65 millions d’habitants.[1] Selon l’INSEE, il y aura 24,4 millions d’actifs, dont environ 2 millions de chômeurs avec un taux de chômage de 8%. Le ratio de dépendance est alors de 1,90. C’est-à-dire qu’un travailleur devra pourvoir pour près de trois personnes. Le poids des taxes pour générer de tels revenus de transferts, notamment vers les personnes âgées, sera écrasant, si bien qu’il est probable que de nombreux actifs émigrent vers des pays dans lequel le fardeau est plus modéré.

Le ratio travailleurs/population totale va chuter de 16,8% de 2004 à 2050 (passage de 39,8% à 33,1%). Selon nos calculs,[2] il faudra augmenter la taxation par travailleur de 20,2% si l’on veut maintenir le même niveau de prestation aux inactifs, notamment aux retraités. A cela s’ajoute la charge de la dette existante, ainsi que le remboursement du surendettement de l’Etat.

Si bien que sans réformes radicales, la situation est catastrophique : la France connaîtra une faible croissance, le pouvoir d’achat cessera d’augmenter, et les retraites seront à la fois maigres pour leurs bénéficiaires et un fardeau considérable pour les travailleurs. Or on peut s’en sortir en réglant tous ces problèmes interdépendants.

D’une part, la production annuelle du pays est égale à

PIB = (population active – chômeurs) ´ productivité horaire ´ nombre d’heures travaillées par an

D’autre part, cette production est divisée entre

Population totale = population active employée + chômeurs + population inactive

En ignorant pour simplifier la consommation de l’Etat,[3] le pouvoir d’achat moyen tout compris est le PIB rapporté à la population totale. Pour l’augmenter, il faut soit augmenter le PIB, soit diminuer la population totale. Les leviers sont simples :

- Réduire le chômage, ce qui est indispensable mais très insuffisant ;
- Augmenter le nombre d’actifs, en mettant ou remettant les assistés au travail ;
- Diminuer le nombre d’inactifs, donc de retraités ;
- Augmenter le nombre d’heures travaillées par an ;
- Augmenter la productivité horaire du travail ;

Or la productivité horaire est largement exogène, hors de portée du décideur politique ; elle dépend en effet des évolutions technologiques, économiques et organisationnelles. La recette est en définitive simple : il suffit de s'assurer que suffisamment de personnes travaillent, et travaillent suffisamment longtemps.

Pour cela, différentes politiques pourraient être mises en œuvre.

- Une véritable politique de lutte contre le chômage, qui gèlerait le salaire minimum, inciterait le retour à l’emploi, et instituerait un contrat de travail unique qui rendrait le marché du travail plus fluide et plus ouvert. Voir les fiches sur Les causes du chômage, et sur Le SMIC. Il est raisonnable de penser qu’une réforme complète abaisserait à terme le taux de chômage à 5%. Le ratio de dépendance ne serait alors plus que de 1,37 (contre 1,47 actuellement) : c’est mieux, mais clairement insuffisant.

- Favoriser l’augmentation du temps de travail annuel. L’OCDE a calculé qu’un employé travaille en moyenne 1430 heures par an en France, contre environ 1700 heures dans les autres pays développés. Passer de 1430 à 1600 heures annuelles augmenterait toutes choses égales par ailleurs le PIB français de près de 12%. Voir la fiche sur Le travail

- Repousser l’âge de la retraite et l’indexer sur l’espérance de vie. En faisant passer le taux d’activité de 50 à 64 ans au niveau de celui des hommes de 25 à 49 ans (soit 94%), on obtient 1,75 millions d’actifs en plus (qui peuvent par définition être au chômage), ce qui fait passer le taux de dépendance de 1,47 à 1,32. Voir la fiche sur Les retraites.

- Une immigration de travail sélective et choisie -- par opposition à subie. Même si une immigration bien pensée est potentiellement bénéfique, le système français d’immigration actuel tend à aggraver les problèmes économiques et sociaux du pays. Par exemple, des immigrés inactifs ou chômeurs détériorent le ratio de dépendance. Or seulement 5% de l’immigration française actuelle est une immigration de travail... Voir la fiche sur L'immigration.

Nous avons donc le choix entre travailler plus et avoir plus de revenus, et travailler moins pour moins de revenus. Il est curieux de désigner comme un acquis social le choix du loisir et de la pauvreté (les congés payés de huit semaines par an, les 35 heures, la retraite à 60 ans, etc.). Pourquoi le choix du travail et du pouvoir d’achat serait-il moins « social », ou moins désirable ? En ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, il est préférable de laisser chaque individu choisir ce qui lui convient. Les choix imposés d’en haut par une bureaucratie gouvernementale ne sont pas adaptés à tous.

Pierre Chaigneau

Pour en savoir plus : o Le travail. o Le pouvoir d'achat. o Les retraites.


Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau.

[1] Hypothèse moyenne du papier de prospective de l’INSEE, La population de la France métropolitaine en 2050 : un vieillissement inéluctable, par Chantal Brutel, dans Economie et Statistique, 2002. Selon les estimations de l’auteur, « En 2050, la France métropolitaine comptera de 58 à 70 millions d’habitants (…) plus du tiers de la population sera âgée de plus de 60 ans, contre une sur cinq en 2000. » [2] Méthodologie : on fixe un niveau arbitraire de prestation par inactif ou chômeur, identique pour 2004 et 2050 (ce niveau n’influe pas sur les résultats). On calcule ensuite le total des prestations à payer aux inactifs et chômeurs en 2004 et en 2050. Puis on rapporte ce total au nombre de travailleurs, toujours en 2004 et en 2050. Les prélèvements par travailleur destinés à financer des transferts vers les inactifs doivent augmenter de 33,4% du fait de l’augmentation du montant de ces transferts. On ne considère ensuite que les dépenses publiques qui sont destinées aux inactifs et chômeurs – soit les dépenses liées aux retraites, aux enfants, à l’éducation, au chômage, aux minima sociaux, ainsi qu’une partie des dépenses maladie. Ces dépenses représentent au total 60% des prélèvements obligatoires de 2003. On suppose qu’elles s’élèveront également à 60% des prélèvements obligatoires de 2050 (elles seront en réalité probablement supérieures, précisément du fait de la dégradation du rapport actifs/inactifs ; notre hypothèse de 60% en 2050 donne donc une borne basse à notre estimation d’augmentation des prélèvements obligatoires). Finalement, la pression fiscale augmente de 20,2% simplement du fait de l’évolution du nombre d’actifs et d’inactifs. [3] Qui engloutit chaque année pour sa propre consommation un quart du PIB, voir la fiche La consommation de l'Etat.