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Le partage des profits

Lors de sa dernière intervention télévisée, Nicolas Sarkozy a proposé la règle des « trois tiers » pour la répartition des profits des entreprises : un tiers réinvesti, un tiers pour les actionnaires et un tiers pour les salariés. Notons tout d’abord que le tiers réinvesti dégagera des profits futurs qui seront réparti, à parts égales, entre actionnaires et salariés. Le Président nous propose donc en réalité la règle des « deux moitiés ».

Soulignons d'entrée de jeu l'absurdité d'une telle règle. En effet, les profits sont par définition la rémunération des apporteurs de capital, une fois que les autres facteurs de production sont payés.

Ensuite, cette proposition est elle réellement dans l’intérêt des salariés ? En réalité, rien n’est moins sûr. Dans une économie de marché, les salaires sont principalement déterminés par la rencontre de l’offre et de la demande sur le marché du travail. Si une entreprise dégage de gros bénéfices, qu’elle redistribue pour moitié à ses employés, alors le nombre de demandeurs d’emploi souhaitant travailler pour elle sera largement supérieur au nombre de postes à pourvoir. Cette firme, contrairement à ces concurrents qui ne dégagent pas de profits, n’aura donc pas besoin d’augmenter les salaires fixes pour parvenir à retenir ses salariés ou à en attirer de nouveaux. Résultats des courses : le partage des profits n’aura eu aucun impact sur le pouvoir d’achat mais aura fait progresser la part des revenus variables au détriment des revenus fixes. Si les salariés sont averses au risque, ils sont perdants.

Faut-il regretter que la règle des « deux moitiés » n’ait, in fine, aucun effet sur le partage de la valeur ajoutée ? Non ! Imaginons que cette proposition, ou une autre du même type, soit un succès. Dans ce cas, obliger les investisseurs à renoncer à 50% de leurs profits s’apparenterait à une imposition très élevée du capital. Les investissements se détourneraient alors massivement de la France, ce qui, à terme, réduirait la productivité de nos travailleurs et donc leurs revenus.[1]

Le seul moyen d’accroître durablement le pouvoir d’achat des salariés est d’augmenter leur productivité. Pour cela il faut miser sur l’éducation, l’innovation et ne surtout pas entraver le processus de croissance par création destructrice.

Jean-Baptiste Michau

 



[1] Voir la fiche « Qui paye nos impôts ? » qui explique pourquoi la taxation du capital n’est, bien souvent, pas dans l’intérêt des salariés.

Soulignons d'entree de jeu

Soulignons d'entree de jeu l'absurdite de certains de vos propos.

"Les profits sont par definition la remuneration des apporteurs de capital, une fois que les autres facteurs de production sont payés."

Toute le debat se trouve justement dans la remuneration du soit-disant facteurs de production, dont font partis les gens, les travailleurs.
Il ne coule pas de source que les profits sont uniquement le fruit d'un investissement en capital car il n'y a pas de profit sans celui qui produit.

"Dans une économie de marché, les salaires sont principalement déterminés par la rencontre de l’offre et de la demande sur le marché du travail."

Ah si seulement nous vivions encore a l'epoque d'Adam Smith et de la fameuse main invisible. Seulement, je ne pense pas cela soit aussi simple, tout simplement car l'offre et la demande sont aujourd'hui definies par les politiques mises en place au niveau national et local.
Sachant qu'au niveau europeen de nombreuses politiques sont etablies en consultation avec certains groupes d'interets industriels - comme l'ERT -, il est difficile de croire que ces derniers n'ont pas pense a tout cela. Je vous conseillerais de lire tout ce que vous pourrez trouver sur le processus de Bologne (concernant la normalisation du systeme educatif superieur en Europe) ainsi que sur l'implication de diverses entreprises pour l'etablissement de ce processus. Definitivement je pense que le cout du travail peut etre definit par l'etat a travers la fiscalite, l'education dont le nombre de diplomes chaque annee. Je ne crois donc pas en la logique de l'offre et de la demande concernant l'emploi. Apres tout ca ne serait pas le seul marche regule par l'etat, d'autres marches l'ont ete et le sont encore.

Voila pour ce que je pense etre de fausses verites vite corrigees. Je vais developper un petit peu moins gratuitement le point qui va suivre.
Si une entreprise dégage de gros bénéfices, qu’elle redistribue pour moitié à ses employés, alors le nombre de demandeurs d’emploi souhaitant travailler pour elle sera largement supérieur au nombre de postes à pourvoir.
Et donc badabing bloum bloum conclusion fracassante: Le travailleur ayant une aversion au risque sera perdant.

Tout d'abord si une entreprise partage ses profits la principale methode de remuneration ne sera plus le salaire. Effectivement cette firme n'aura pas besoin d'augmenter les salaires cependant la raison ne sera pas tant sur le rapport offre/demande que sur le fait que la remuneration principale viendra d'ailleurs (du partage du profit). L'avantage reside dans la remuneration variable car elle est desavantageuse pour ceux qui ont une aversion au risque.
Remunerer de maniere variable entrainera des comportements court-termistes pour ceux qui n'ont pas d'aversion au risque. Mais apres tout ces comportements existent deja dans les salles de marches car la remuneration variable y operent deja.
Mais cela entrainera des comportements long-termistes pour ceux qui ont une certaine aversion au risque. La proportion des gens ayant cette aversion surtout lorsque le risque et le gain y etant associes influent directement sur leur niveau de vie, etant largement majoritaire, nous pourrions voir naitre des comportements lies a un systeme de developpement beaucoup plus durable.
Alors oui l'interet economique est discutable mais sans doute cela amenerait des changements de comportement qui inscrirait la societe dans un developpement plus durable que celui d'aujourd'hui. Et cela au final beneficie a la qualite des vies de chacun.

Pour remédier aux lacunes

Déjà, http://en.wikipedia.org/wiki/Profit.
Ensuite, il y a beaucoup à dire, mais je conseillerais simplement deux choses:
- L'article sur la détermination des salaires (www.EclairEco.org/fr/salaires), qui explique notamment pourquoi les entreprises assurent les employés contre le risque en leur donnant un salaire fixe plutôt qu'un partage des profits variable.
- la lecture d'un ouvrage de microéconomie. Les références sont Microeconomic Analysis, par Varian, Microeconomic Theory, par Mas Colell et al, et Advanced Microeconomic Theory par Reny et Jehle.