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Le réchauffement climatique

Le réchauffement climatique est avéré. Pourtant, même si l’on admet que les changements climatiques ont une origine humaine et vont s’accentuer, dépenser des ressources rares pour les atténuer n’est pas forcément indiqué. Cela dit, les moyens de limiter les émissions de CO2 sont multiples, mais une taxe sur les émissions est plus efficiente. 

Est-ce une réalité ?

- Le réchauffement climatique décrit l’augmentation des températures moyennes observées sur Terre, ainsi que les prévisions concernant leur évolution future. La Terre s’est en effet réchauffée de 0,7 degrés Celsius depuis 1900.[1] En ce sens, le réchauffement climatique en tant que constat des évolutions passées est une réalité. Le IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change) envisage une augmentation des températures comprise entre 1,1 et 6,4 degrés Celsis durant le XXIe siècle. 

- Tous les phénomènes observés n'indiquent pas les mêmes évolutions sous-jacentes. Ainsi, la couverture glaciaire Arctique a tendance à diminuer (même si elle a augmenté de 60% en 2013, cf. cet article), une évolution très médiatisée, mais on oublie souvent que c'est l'inverse en Antarctique.[2] Or le volume de la couverture glaciaire Antarctique est près de neuf fois plus important que celui de la couverture glaciaire Arctique. En outre, selon la NASA[3], les océans se sont récemment significativement refroidis. Enfin, Nigel Lawson souligne que la planète ne s’est pas réchauffée depuis 2000, contrairement aux prévisions des modèles.[4] Pour Claude Allègre, « Dans ce changement, rien n’est général, tout est local, tout est incertain, tout est chaotique et l’interprétation des observations concrètes n’est pas une chose aisée. Leur extrapolation encore moins. »[5] 

- Constater des changement passés est une chose. Prédire les changements futurs en est une autre - surtout en regard du point abordé ci-après. La Terre pourrait selon certains modèles se réchauffer de 3 à 10 degrés Celsius dans les 100 prochaines années. Selon l’expert en prévisions (forecasting) Scott Amrstrong, les modèles climatiques ne prédisent pas, ils contemplent des possibilités. Il explique qu’avec beaucoup d’incertitude et de complexité, la meilleure prévision est une absence de changement. Claude Allègre poursuit : « Je ne crois pas aux prévisions climatiques à un siècle (…) Je crois que ces systèmes sont trop complexes pour qu’on puisse prévoir leurs comportements à long terme. » De même "The same deep dislike of intellectual overconfidence has led [the physicist Freeman] Dyson to challenge the received wisdom on climate change. Mr Dyson is not a climate sceptic; he concedes that Earth is warming and that man is responsible. But ever since he first tinkered with computer models of climate in the 1970s he has repeatedly found them so wanting as to make their dire projections worthless." (source)

- Le "consensus" fluctue avec le temps. Ainsi, dans les années 1970, suite à une baisse prolongée des températures mondiales, on avait peur du... refroidissement climatique ! Par exemple, le magazine Newsweek clamait en 1975 "The evidence in support of these predictions [of global cooling] has now begun to accumulate so massively that meteorologists are hard-pressed to keep up with it."[6] L’article suggérait de faire fondre la couverture glaciaire Arctique pour ralentir le refroidissement climatique... Attention donc à ne pas sur-réagir en extrapolant une tendance qui peut bien se révéler ne pas en être une. 

Les activités humaines sont-elles en cause ?

- Les gaz à effets de serre, alimentés par les émissions de CO2, maintiennent la chaleur dans l’atmosphère. Les activités polluantes des entreprises et des ménages contribuent par ce biais au réchauffement de la planète. Le niveau de concentration du CO2 dans l’atmosphère s’élève à 380ppmv, soit près de 100ppmv de plus qu’en 1800. La proportion de CO2 dans l’atmosphère est passée de 0,2% à 0,3%. Cependant, le graphique ci-dessous[7] montre que les fluctuations dans les niveaux de CO2 présents dans l’atmosphère (en vert), tout comme les changements de températures moyennes (en bleu) sont aussi et surtout un phénomène naturel cyclique.  

- Certains scientifiques pensent que le réchauffement est un phénomène largement naturel qui ne doit pas grand chose aux activités humaines. Il est connu que la Terre alterne les phases de refroidissements et les phases de réchauffement. L'âge glaciaire est un exemple extrême... et récurrent: le dernier s'est achevé il y a seulement 11 000 ans.[8] Depuis, la Terre s’est réchauffée de 5 degrés Celsius, sans que l’activité humaine ne soit en cause. Au-delà de ces larges fluctuations naturelles, des "cycles solaires" plus fréquents modifieraient le climat. L'ouvrage Unstoppable global warming: every 1 500 years[9] avance cette théorie. Si elle est avérée, les efforts de réduction des émissions de CO2 seront vains...[10] Or la NASA a récemment prévenu que la planète Mars se réchauffe également: les températures y seraient montées de 0,5 degrés celcius depuis les années 1970. Le Times annonce que l'ampleur du réchauffement est telle que Mars pourrait perdre sa couverture glaciaire Sud.[11] Des anecdotes illustrent le caractère cyclique des fluctuations climatiques: il y a 2 000 ans, les romains faisaient pousser des vignes en Angleterre; le climat serait aujourd'hui trop rude pour cela. Le Groenland (ou "Greenland") était justement "vert", et non entièrement couvert de glace, lorsqu'il a été découvert... Enfin, contrairement à ce que l'on peut parfois entendre, il n'y a actuellement pas réellement de "consensus" sur la question, puisque seulement 52% des membres de l'American Meteorological Society soutiennent que le réchauffement climatique a lieu et est principalement dû aux activités humaines (source, cf. table 1 ligne 1).

Que peut-on faire ?

La croissance économique et le progrès technique rendent les pays plus propres. Parce que les technologies de production s'améliorent, et parce que des populations plus riches en viennent à se soucier de la qualité de leur environnement (une considération assez secondaire quand se nourrir et se loger n'est pas acquis...). Souvenons-nous du fameux "fog" londonien de la période industrielle, qui est maintenant inexistant. 

Si une intervention est toutefois requise, plusieurs méthodes découragent les émissions de CO2 :

1/  Subventionner les entreprises qui atténuent leur pollution. Cela suppose que le régulateur connaisse les technologies de production, afin d'être en mesure de récompenser les entreprises qui font des "efforts". Ce n'est pas du tout évident. Et si ce n'est pas le cas, des effets pervers considérables se manifestent. Ainsi, certaines entreprises ont récemment délibérément et inutilement accru leur pollution afin de recevoir davantage de subventions (ou de droits à polluer, voir ci-dessous) en contrepartie d'une diminution de leurs émissions...

2/  Mettre en place un marché des droits à polluer: Les gouvernements émettent des droits à polluer, distribués aux entreprises selon leur technologie de production, ou vendus aux enchères. Chaque permis donne à son détenteur le droit d’émettre une tonne de CO2. Crucialement, ces permis sont échangeables : une entreprises qui réduit sa pollution peut vendre des permis non utilisés à une entreprises en expansion qui a besoin d’augmenter sa production. Les pouvoirs publics établissent le montant total d’émissions autorisé (un cap), suite à quoi le prix des émissions s’établit sur un marché en fonction de l’offre et de la demande de permis (trade).[12] Inconvénient notable : les permis décernés d’emblée aux entreprises sont largement à la discrétion des politiciens, ce qui laisse la porte ouverte à toutes sortes de corruptions, lobbying et manipulations. En Europe, cette solution de cap-and-trade a été mise en place sous le nom de "Emission Trading Scheme" ou ETS, avec pour résultat des prix trop bas et un marché illiquide sur lequel 90% de l'activité est frauduleuse (source). Autre possibilité, le « carbon offset » : les entreprises achètent des permis à polluer en finançant des projets absorbant le CO2, par exemple des plantations de forêts dans le monde ; ainsi, ces entreprises compensent exactement leur émissions.

3/  Taxer les entreprises qui polluent. C'est l'idée de la taxe carbone. Chaque entreprise paye une taxe proportionnelle au nombre de tonnes de CO2 qu’elle émet dans son processus de production. La taxe pourrait s’élever à $5 (ou euros) par tonne - selon une proposition de l’économiste William Nordhaus, selon un calcul basé sur une estimation du coût social des émissions de CO2. Simple et transparente, cette méthode présente en outre l’avantage de conférer un prix relativement fixe aux émissions.[13] Ce n’est pas négligeable : l’incertitude liée aux fluctuations possibles du prix des émissions entrave les changements largement irréversibles que doivent entreprendre les firmes. Autre point, les taxes non-forfaitaires sont dissuasives, ce qui est problématique lorsqu’elles portent sur le travail par exemple, mais bénéfique lorsqu’un « mal » est taxé – par exemple la pollution. Enfin, n’oublions pas que plus taxer la pollution permet de moins taxer le travail. Seul inconvénient apparent : si un pays agit seul en ce domaine, certaines entreprises nationales seraient pénalisées et devraient même être liquidées. Mais ce n’est généralement pas un problème[14] : ce pays orienterait alors simplement sa spécialisation internationale vers des activités moins polluantes.

4/  Réguler: Le régulateur interdit purement et simplement certaines technologies ou processus de production. Cette approche très lourde et non-flexible ne permet pas aux entreprises de conduire une analyse coûts-bénéfices, seule garante d’un choix socialement optimal (une fois qu’elles font face au coût social de leurs émissions). Fort heureusement, elle n’est pas sérieusement considérée.

5/ Subventionner le développement de nouvelles technologies. Il s’agit d’encourager la recherche dans les énergies alternatives, d’encourager et de diffuser la recherche visant à améliorer l’efficacité de l’utilisation du CO2, d’encourager la capture et le stockage du CO2, etc. C’est une idée séduisante en principe, mais qui en pratique se heurte au problème du choix de technologies à supporter. Comment des régulateurs vont-ils savoir quels projets de recherche doivent recevoir du financement public? Comment distinguer les plus prometteurs a priori? C'est le classique problème du "pick the winner", qui mène généralement à un gâchis des fonds publics dans des projets sans avenir. Sans oublier toute la corruption qui peut découler de la mise en place d'un tel système...

6/  Développer l’énergie nucléaire. Les alternatives sont l’énergie thermique extrêmement polluante, l’énergie hydraulique (via les barrages), ou l’énergie renouvelable, laquelle ne peut au mieux fournir qu’une petite partie des besoins énergétiques dans l’état actuel des technologies.[15] Avec 79% de la production énergétique générée par des centrales nucléaires, la France est bien placée en ce domaine.

En supposant que le régulateur connaît les technologies de production des firmes, les trois premières méthodes sont équivalentes en matières d'incitations.[16] Elles font en sorte que les pollueurs internalisent les externalités négatives qu'ils génèrent. Cette supposition d’omniscience du régulateur ne se vérifie pas en pratique: c'est une des raisons pour lesquelles la taxation est préférable.

Cependant, ces trois méthodes diffèrent selon l'allocation des droits sur l'environnement qu'elles impliquent. Dans le premier cas, les entreprises sont propriétaires de l'environnement - elles doivent être compensées pour restreindre leur pollution. Dans le deuxième cas, les propriétaires de l’environnement sont ceux qui reçoivent les droits a polluer. Dans le troisième cas, l'Etat est propriétaire de l'environnement - il est payé par les pollueurs. On pourrait imaginer un quatrième mécanisme dans lequel les citoyens sont propriétaires de l'environnement : chaque individu recevrait alors chaque année le même chèque, financé par une taxe sur les pollueurs, pour le dédommager de la pollution qu'il subit. 

Mais ne nous méprenons pas: nonobstant la division du travail, les pollueurs et ceux qui souffrent de la pollution sont in fine les mêmes individus. Toute personne consomme des biens et services dont la production engendre une certaine pollution. La répartition du coût de cette pollution est définie par l'allocation des droits de propriété sur l'environnement. Cette allocation est une problématique purement distributive, et non pas punitive. 

Doit-on agir ?

Cette question nous amène à comparer les coûts et avantages liés à la lutte contre le réchauffement climatique.

- Bien évidemment, dans la mesure où les changements climatiques ne sont pas permanents ou ne sont pas dus aux activités humaines, toute intervention serait vaine. Cela dépend des réponses apportées au deux premières questions de cette fiche. Le débat est ouvert. The Economist résume cet argument : “Another criticism is that figures on the economic costs of climate change are based on a cascade of uncertainties. Nobody knows just how much carbon dioxide the world is going to produce in future. Nobody knows just what it will do to the temperature. Nobody knows just how temperature rises will affect the world economy. These numbers are therefore too uncertain to act on.”[17]

- Cependant, les conséquences d’un réchauffement climatique significatif seraient lourdes et largement irréversibles. On connaît la montée des eaux qui menace des pays tels que le Bangladesh comme des villes côtières, les inondations et les sécheresses. Des pénuries d’eau potable sont également possibles, notamment dans les pays en voie de développement. Des bouleversements climatiques accompagneraient ces évolutions, avec des tempêtes, des ouragans et des variations météorologiques extrêmes. Néanmoins, n’oublions pas que ces changements ne seraient pas soudains, mais s’étaleraient sur des dizaines d’années au moins. Tout compte fait, William Nordhaus, l’économiste le plus reconnu en ce domaine, évalue les coûts du changement climatique à 3% du PIB mondial, si rien n’est fait pour le tempérer. Attention toutefois : Bjorn Lomborg, directeur du Copenhagen Consensus souligne par exemple que même si le réchauffement climatique aggrave les ouragans, 95% à 98% de l’accroissement du pouvoir destructeur de ces derniers serait dû à la croissance démographique et à l’enrichissement : simplement parce qu’il y a plus de potentiel à détruire

- Le rapport Stern[18] préconise une stabilisation des gaz à effet de serre d’ici 2050, ce qui demanderait une diminution des émissions de 25% d’ici à 2050, alors même que l’économie mondiale produira alors trois à quatre fois plus qu’aujourd’hui. Le rapport estime le coût à environ 1% du produit mondial. Dieter Helm[19] souligne que ce coût de 1% du PIB suppose une utilisation optimale des nouvelles technologies et une absence de « coûts politiques », hypothèses relativement optimistes. Par contraste, les coûts d’un changement climatique non maîtrisé seraient équivalents à 5% du PIB par tête, soit deux années de croissance économique perdues. Dans les scénarios catastrophe, ils pourraient s’élever à 20% du PIB par tête, et affliger principalement les plus pauvres. Avec cette approche, le rapport Stern a intelligemment pris le contrepieds de l'objection évoquée dans le premier point ci-dessus: c'est parce qu'on ne sait pas précisément ce qui va se produire qu'il est primordial d'agir, afin de se prémunir contre un risque majeur. Un point de vue partagé par l’économiste Martin Weitzman, pour qui il est valable de dépenser de nombreuses ressources si cela peut éliminer la possibilité d’une catastrophe.[20]

- Le rapport Stern se fonde pourtant sur des hypothèses contestables. Pour commencer, il estime le coût social d’une émission de CO2 à 85 dollars par tonne, soit 17 fois plus que les estimations de référence de l’économiste William Nordhaus. Ce dernier remarque également que la politique de stabilisation prônée par le rapport Stern ramènerait simplement l’augmentation des températures de 2,53 degrés Celsius à 2,42 degrés Celsius.[21] Une troisième critique tient à l’utilisation du taux d’actualisation utilisé pour comparer des coûts immédiats d’une action contre le réchauffement climatique à des bénéfices très lointains. Le rapport Stern suppose un taux d’actualisation quasiment nul[22], ce qui rend les bénéfices futurs très attrayants. C’est une hypothèse étonnante, étant donnée la préférence pour le présent. William Nordhaus souligne qu’avec un taux d’actualisation nul, les bénéfices futurs (par personne) sont multipliés par un nombre quasiment infini d’humains (toutes les générations futures). Il s’ensuit que des bénéfices individuels futurs, même infinitésimaux, se voient attribuer une valeur considérable.[23] Pour William Nordhaus, avec cette approche les générations présentes sont prises en otage par les générations futures. Autre point négligé par le rapport Stern, les coûts présents doivent être évalués avec l’utilité marginale de la consommation présente, tandis que les bénéfices futurs doivent être évalués avec l’utilité marginale de la consommation future. Nous avons toute raison de penser que la consommation augmentera avec le temps, ce qui rend l’utilité marginale de la consommation future inférieure à l’utilité marginale de la consommation présente. Autrement dit, les générations futures seront plus riches, et donc plus à même de prendre en charge des coûts éventuels liés au changement climatique. Ne pas prendre en compte cette réalité amène à surestimer les avantages liés à une action immédiate contre le réchauffement climatique.

- Il y a deux façons de réagir face à un risque futur. La première est d’accumuler de la richesse qui nous rendra plus robuste si ce risque se matérialise. La seconde est de dépenser des ressources pour amoindrir la probabilité que ce risque futur ne s’actualise. Or les économistes Louis Eeckhoudt et Christian Gollier ont montré[24] que la prudence fait pencher la balance vers la première solution. Autrement dit, la réponse au changement climatique consiste dans cette perspective à accélérer la croissance économique, non à entreprendre des actions coûteuses de prévention.

- L'adaptation sur des décennies à des changements progressivement avérés pourrait être moins coûteuse qu'une prévention incertaine. D'autant plus qu'on ne connaît ni les données futures du problème, ni les technologies qui seront alors disponibles.[25] Il est fort possible qu’on n’ait plus besoin d’émettre autant de CO2 dans 10 à 20 ans, uniquement grâce aux progrès techniques. Selon le panel des Nations Unies sur le sujet (le IPCC) en 2007, le niveau des eaux pourrait monter d'un pied (soit 30cm) dans le siècle à venir. Soit la même évolution que durant les 150 dernières années, à laquelle l'humanité s'est adaptée et a survécu.

- Même si tous les pays avaient collectivement intérêt à limiter leurs émissions de CO2, obtenir la coopération internationale nécessaire serait une tâche difficile. Aujourd’hui, seuls vingt pays émettent 80% du CO2. Le graphe ci-dessous[26] présente les émissions de CO2 par tête dans chaque pays en 2000. L’échelle varie de 0 (vert) à 94 tonnes (rouge).

Or les dynamiques mondiales changent la donne : les pays émergents ont des économies de petite taille, mais en sont encore à un stade de développement économique assez polluant. Alors que les émissions stagnent ou diminuent en Amérique et en Europe, elles explosent en Chine notamment. A tel point que la Chine est d’ores et déjà le plus gros émetteur de CO2 mondial, devant les Etats-Unis.[27] Il est donc essentiel d’impliquer les pays émergents dans la lutte contre le changement climatique, par exemple en leur proposant gratuitement des technologies propres en échange de leur coopération. Ils vont rétorquer à juste titre qu’ils ont relativement peu contribué par le passé aux émissions de CO2, et que leur niveau de développement ne leur permet pas de consacrer des ressources considérables pour diminuer la pollution, alors que leur population n’est pas encore logée décemment et ne bénéficie pas de système de santé digne de ce nom. Par ailleurs, tous les pays ne sont pas autant exposés au risque du réchauffement climatique. Ce dernier est par exemple dans l’intérêt de la Russie ou de l’Europe du Nord.[28] Chaque pays tenant à l’exercice de sa souveraineté, il s’agit de s’assurer que chacun ait intérêt à coopérer, ce qui ne sera pas aisé.

- Limiter les émissions de CO2 dans les pays riches aura pour conséquence une transposition des activités polluantes dans les pays pauvres, sans changement net dans le niveau global d’émissions. Dans un tel scénario, les entreprises se livreraient simplement à un arbitrage environnemental. Elles fermeraient leurs usines des pays riches, où polluer est coûteux, pour les rouvrir dans les pays moins contraignants en matière environnementale. C’est le « carbon leakage ». Un tel processus est déjà engagé, qui fait de la Chine un pays extrêmement pollué. La diminution des émissions en Europe et aux Etats-Unis est donc largement artificielle. Comme Dieter Helm le rappelle, c’est en définitive la consommation qui importe, pas la production.

- Dans le livre "Cool it", Bjorn Lomborg montre que l'argent qui pourrait être consacré à la lutte contre le changement climatique pourrait être utilisé alternativement bien plus efficacement. Un article du Copenhagen Consensus explique: "What we should do first depends on the economics of where we can do the most good for the resources we spend. Some of the world's most distinguished economists – including three Nobel laureates – answered this question at the Copenhagen Consensus last year, prioritising all major policies for improving the world. They found dealing with communicable diseases like Aids and malaria, malnutrition, free trade and clean drinking water were the world's top priorities. The experts rated urgent responses to climate change at the bottom. In fact, the panel called these ventures, including Kyoto, 'bad projects', because they actually cost more than the good they do."[29] Le rapport Stern évalue les coûts d'une action contre le réchauffement climatique à 450 milliards de dollars par an. Or selon Bjorn Lomborg, dépenser 75 milliards de dollars par an (soit 0,2% de la production mondiale) fournirait à tous l'eau courante, des installations sanitaires, un système de santé de base, et une éducation. C'est la notion de coût d'opportunité. Dans un débat qui devient très idéologique et politisé, il est salutaire de rappeler que l'économie est la science de l'utilisation de ressources rares.

Pierre Chaigneau

Pour en savoir plus :

  • Tradable emissions permits are a popular, but inferior way to tackle global warming, The Economist, 16 juin 2007.
  • Taxation can give the earth a chance, Financial Times, 19 juillet 2006.
  • Hot air, The Wall Street Journal, 2 novembre 2006.
  • Pourquoi on ne peut pas comparer une action contre le réchauffement climatique à de l'assurance contre un désastre futur : http://www.economist.com/opinion/displaystory.cfm?story_id=15865157.
  • Le climategate, le scandale remettant en cause l'objectivité des scientifiques : http://www.EclairEco.org/fr/Climategate

Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau.



 

[1] Source du graph ci-dessous : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Instrumental_Temperature_Record_fr.png.
[3] Souce : Short-Term Ocean Cooling Suggests Global Warming 'Speed Bump' ,NASA, septembre 2006..
[4] Dans An appeal to reason, a cool look at global warming, 2008.
[5] Le Point, 27 mars 2008.
[6] "The Cooling World", Newsweek, 28 avril 1975.
[7] http://en.wikipedia.org/wiki/Image:Vostok-ice-core-petit.png, issu de l’article sur les gaz à effets de serre.
[8] Néanmoins, les definitions des "âges glaciaires" varient. Dans l'article de Wikipedia sur ce thème, il est par example precisé que "Glaciologically, ice age is often used to mean a period of ice sheets in the northern and southern hemispheres; by this definition we are still in an ice age (because the Greenland and Antarctic ice sheets still exist)."
[9] Rowman & Littlefield Publishers, 2007.
[10] Une autre théorie montre que cause et effet pourraient être confondus, de sorte que l'augmentation des températures serait très temporaire: http://www.sciencedaily.com/releases/2001/06/010615071248.htm. Enfin, Alan Carlin, de l'Environmental Protection Agency montre dans un papier que les radiations solaires et les courants marins expliquent mieux le réchauffement climatique que la théorie des émissions de CO2. http://www.telegraph.co.uk/comment/columnists/christopherbooker/5804831/Climate-change-The-sun-and-the-oceans-do-not-lie.html
[11] The Sunday Times, 29 avril 2007, http://www.timesonline.co.uk/tol/news/uk/article1720024.ece.
[12] C’est pourquoi on parle d’un système de « cap and trade ».
[13] Cela suppose qu’elles soient établies dans la durée de façon crédible. Avant d’engager une modification des comportements, le secteur privé a besoin d’un signal clair.
[14] Ca peut en être un si ce pays a fondé son insertion dans l’économie internationale sur son industrie lourde ! Il est donc probable que de tels pays refusent d’appliquer une taxe sur les émissions. On pense en particulier à la Chine…
[15] L’énergie éolienne représente 0,7% de la production énergétique française, et coûte actuellement deux fois plus cher que les autres sources d’énergie, selon un dossier du Figaro Magazine du 9 février 2008. En outre, elle est par nature peu fiable, et requière donc la construction et l’utilisation de davantage de centrales thermiques très polluantes mais flexibles (contrairement aux centrales nucléaires) capables de prendre le relai en période de vents faibles. Sans même évoquer la défiguration des paysages que l’implantation de champs d’éoliennes implique…
[16] Comme le montre le Professeur Dominique Henriet dans son cours d'économie publique disponible avec ce lien : http://dhenriet.perso.ec-marseille.fr/microep.pdf.
[17] Stern Warning, The Economist, 4 novembre 2006.
[18] Stern Review Report on the Economics of Climate Change, 2006.
[19] Professeur de politique énergétique à Oxford, dans un article du Wall Street Journal du 13 mars 2008.
[20] On modeling and interpreting the economics of catastrophic climate change.
[21] Voir l’article Hot Air, The Wall Street Journal, 2 novembre 2006, qui déconstruit les hypothèses du rapport Stern.
[22] Il est de seulement 0,1%, pour prendre en compte la possibilité d’extinction de l’espèce humaine.
[23] Voir l’article Shots across the Stern, The Economist, 16 décembre 2006.
[24] The impact of prudence on optimal prevention, Economic Theory, 2005.
[25] Les solutions pourraient se révéler surprenantes. The Economist du 31 mai 2007 a publié un article, "Stairway to heaven?", dans lequel on apprend qu'un champ électrique vertical au pôle Nord pourrait être utilisé pour évacuer le CO2 hors de l'athmosphère terrestre. http://www.economist.com/science/displaystory.cfm?story_id=9253976.
[26] Source: http://en.wikipedia.org/wiki/Image:GHG_per_capita_2000.svg.
[27] Source: http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/7347638.stm.
[28] Voir par exemple Climate change is not a global crisis – that is the problem, Financial Times, 18 avril 2007.
[29] Forget global warming. Let’s make a real difference, The Daily Telegraph, 13 juin 2005. Un autre papier évalue les meilleurs investissements pour l'humanité: http://www.copenhagenconsensus.com/Files/Filer/CCC/Press/Articles%20in%20English/060702TheObserver.pdf.