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Le retournement américain sous Reagan

Les réformes économiques radicales mises en place par Ronald Reagan dans les années 1980 ont boosté la croissance américaine, éradiqué le chômage, amélioré le sort des plus pauvres, favorisé la mobilité sociale, et augmenté la part d’impôts payée par les plus riches. Ce succès montre que le libéralisme économique n’est pas nécessairement anti-social, bien au contraire. 

Les États-Unis de Ronald Reagan ont su accomplir un extraordinaire effort et retrouver croissance, plein-emploi et influence internationale.  
 
Il est indispensable de rappeler la vérité sur l’œuvre de Reagan, qui fait l’objet en France d’une présentation biaisée. Les media se sont souvent faits les auxiliaires de ce travestissement malhonnête des politiques économiques de marché en « ultralibéralisme sauvage ». L’Angleterre de Margaret Thatcher a subi les mêmes opprobres de nos bonnes consciences, quand bien même ses réformes ont porté l’Angleterre, dont la situation à la fin des années 1970 était catastrophique, au sommet de l’Europe. 
 

Le discours de Ronald Reagan du 5 février 1981 annonçait un programme clair, qui a été mis en œuvre. 

« Bonsoir,

J'ai demandé ce temps de parole, ce soir, pour vous offrir un compte-rendu de l'état de l'économie de notre pays. Voici quelques jours, on m'a présenté un rapport que j'avais demandé aux fins de disposer d'un bilan complet de notre situation économique. Vous n'aimerez pas ce rapport, je ne l'ai pas aimé non plus, mais nous devons regarder la vérité en face, et nous remettre au travail pour améliorer les choses. Et que ce soit clair, nous pouvons tout remettre en ordre. 

Je ne vais pas vous noyer sous la masse des statistiques, des chiffres et du jargon économique qu'on trouve dans le rapport, mais essayer de vous expliquer où nous en sommes, comment nous en sommes arrivés là et comment nous pouvons nous rétablir. 

En préliminaire, cependant, je vais vous donner quelques "points saillants" du rapport. Le budget fédéral est hors de contrôle, et nous faisons face à un déficit croissant, 80 milliards de dollars pour l'exercice budgétaire qui s'achève le 1er octobre de cette année. Le déficit est plus élevé financièrement que le budget fédéral tout entier ne l'était en 1957. Tout comme les 80 milliards de dollars que nous payons en intérêt sur la dette nationale chaque année.

Voici vingt ans, en 1960, le registre des salaires de notre gouvernement représentait moins de 13 milliards de dollars. Aujourd'hui, la somme s'élève à 75 milliards de dollars. Au cours de ces vingt années, notre population ne s'est accrue que de 26,3%. Le budget fédéral, lui, a augmenté de 529%. 

En 1960, les taux d'intérêt pour les prêts d'accession au logement s'élevaient à 6%. Ils sont deux fois et demi plus élevés aujourd'hui et atteignent 15,4%. Le pourcentage de notre revenu global que le gouvernement fédéral prélevait en taxes et impôts en 1960 a, depuis, doublé. Et enfin, 7 millions d'Américains sont prisonniers de cette indignité humaine et de cette tragédie personnelle qu'est le chômage. (...) Qu'est-il arrivé au rêve américain : devenir propriétaire de sa maison ?

En 1960, notre dette nationale s'élevait à 291 milliards de dollars. Le Congrès, en 1971, a décidé de plafonner à 400 milliards de dollars notre capacité nationale d'emprunt. Aujourd'hui, la dette s'élève à 931 milliards de dollars. Le plafond de notre capacité d'emprunt a été relevé 21 fois au cours des dix dernières années, et je dois demander aujourd'hui un autre relèvement du plafond, car sans cela, notre gouvernement ne pourra plus fonctionner au-delà du mois de février. Et je ne suis là que depuis deux semaines...

Une réponse aux déficits pourrait être d'augmenter les impôts de façon que le gouvernement n'ait pas besoin d'emprunter ou d'imprimer de la monnaie. Mais pendant toutes ces années où le gouvernement n'a cessé de grossir, nous avons atteint, et même dépassé, les limites de ce que notre peuple peut supporter en matière de charge fiscale. (...) Certains disent qu'il faudrait faire glisser la charge fiscale vers les entreprises; or, les entreprises, ne paient pas d'impôts. Oh ! Ne vous faites pas de fausses idées : bien sûr que les entreprises sont imposées, et elles le sont tellement que les prix qui résultent nous excluent des marchés mondiaux. Mais les entreprises incorporent leurs coûts de fonctionnement, dont les impôts font partie, dans le prix des produits qu'achète le consommateur. Seuls les gens paient les impôts, tous les impôts. Le gouvernement se contente d'utiliser les entreprises d'une façon sournoise pour parvenir à collecter davantage d'impôts.

Au cours des décennies passées, on a parlé de la nécessité de réduire les dépenses gouvernementales aux fins de pouvoir ensuite diminuer le fardeau fiscal. (...) Mais on a toujours dit que les impôts ne pouvaient être diminués tant que les dépenses n'étaient pas réduites. Nous pouvons reprocher à nos enfants de trop dépenser, et ce jusqu'à en avoir une extinction de voix : nous pouvons aussi remédier à la situation en diminuant la quantité d'argent que nous leur donnons. Il est temps de comprendre que nous sommes arrivés à un tournant. Nous sommes face à une calamité économique de proportions incroyables, et le vieux traitement habituel ne peut plus nous sauver. (...) Nous devons accroître la productivité, et cela veut dire remettre les Américains au travail. (...) Nous avons déjà décidé le non remplacement des employés du gouvernement qui prennent leur retraite ou démissionnent. Nous avons ordonné une coupe dans les dépenses consacrées aux voyages du gouvernement, réduit le nombre de consultants travaillant pour le gouvernement, gelé l'achat d'équipements de bureaux, entre autres. (...)

Le 18 février, je présenterai un programme économique détaillé au Congrès, et ce programme donnera chair et consistance aux grandes lignes que je viens de tracer. J'y proposerai des coupes dans les budgets de presque tous les ministères du gouvernement. (...) Dès que les chefs de cabinet prendront la charge de leurs ministères, ils traqueront les gaspillages, les extravagances et les frais généraux inutiles qui, une fois supprimés, pourront permettre les réductions ultérieures. Tout en faisant cela, nous devons avancer dans le direction d'une baisse générale des impôts. Je demanderai une réduction de 10% de tous les impôts sur le revenu pour les trois prochaines années. Des propositions seront soumises visant à simplifier les formalités administratives des entreprises, et pour leur permettre aussi de disposer du capital pour créer des emplois.

Nos coupes dans les dépenses ne se feront pas au détriment des vrais nécessiteux. Nous chercherons, cela dit, à éliminer les avantages sociaux accordés à ceux qui ne sont pas vraiment dans le besoin. Comme je l'ai dit plus haut : le 18 février, je présenterai de façon détaillée cet ensemble économique de coupes budgétaires et de réformes fiscales à une session jointe du Congrès, ainsi qu'à vous. Notre système est fondamentalement bon. Nous pouvons, avec compassion, continuer à assumer nos responsabilités envers ceux qui, sans que ce soit leur faute, ont des difficultés et ont besoin de notre aide. Nous pouvons pleinement assumer les autres responsabilités légitimes du gouvernement. Nous ne pouvons continuer plus longtemps le gaspillage qui se fait aux dépens de ceux qui travaillent et de nos enfants. »

 

Tout est dit, notamment dans la dernière phrase. La France, au contraire, semble avoir choisi de sacrifier ses enfants en leur laissant une facture colossale. Or il existe des alternatives. A ce titre, les résultats de la Présidence de Ronald Reagan aux Etats-Unis sont très encourageants.[1]

Les années Reagan incluent la récession de 1982, nécessaire pour casser l’inflation des années Carter. Suite à quoi, entre 1983 et 1989, la croissance économique moyenne fut de 3,8%.

La croissance, la création de richesse permises par « l’ultra-libéralisme sauvage » de Reagan tant vilipendé, n’ont pas profité au « grand capital » mais à toutes les familles américaines. Produire plus est en effet le seul moyen d’augmenter durablement le revenu des ménages.

Le succès social de la politique de Reagan est incontestable : la suppression du chômage aux Etats-Unis est à mettre à son crédit. A la fin des années Reagan, il n’y avait quasiment plus de chômage subi ou de longue durée – un taux de 5% correspond au chômage dit frictionnel, ou temporaire.

Le déficit budgétaire augmenta significativement et la dette réelle doubla, de 1 000 milliards de dollars en 1981 à 2 000 milliards de dollars en 1989, en dollars de 1987, mais cela est largement imputable à la hausse des budgets militaires. En effet, celle-ci a été supérieure à celle des déficits entre 1981 et 1989 (806 et 779 milliards de dollars, respectivement). Elle a contribué de façon décisive à l’effondrement de l’Union Soviétique, la plus grande victoire de Reagan. Il n’est pas choquant qu’elle ait été financée par la dette puisque les générations futures en sont les premières bénéficiaires, et puisqu’il s’agit d’un effort temporaire. Les dépenses civiles du gouvernement connurent quant à elles la plus faible progression de l’après-guerre, passant de 15,3% à 12,9% du PIB.

Tous les Américains ont profité des réformes de Ronald Reagan, des plus pauvres aux plus riches. Certes, les plus riches ont davantage augmenté leur richesse. Mais que préfèrent les familles les plus pauvres : s’appauvrir avec Carter ou Bush, ou s’enrichir avec Reagan ?

Surtout, la mobilité sociale fut extraordinaire. 86% des ménages appartenant au quintile le plus pauvre en 1981 rejoignirent un quintile plus élevé au cours de la décennie. En 1980, un ménage du quintile le plus pauvre des Etats-Unis avait plus de chance de se retrouver dans le quintile le plus riche à la fin de la décennie (15%) que de rester dans le plus pauvre (14%). Un succès éclatant en matière de lutte contre l’exclusion et la pauvreté.

Enfin, les baisses d’impôt sur le revenu des plus riches ont permis d’accroître si nettement la création de richesse et les revenus, que la part d’impôt sur le revenu payé par les plus riches a augmenté durant les années Reagan – exactement à l’opposé de ce que prédisaient les socialistes, mais conformément à ce qu’avait prédit Laffer.[2]

Il est intéressant de constater l’effet durable des mesures instaurées par Reagan. Ainsi entre 1980 et 2003, les contribuables faisant partie des 1% les plus importants (les plus « riches ») ont doublé leur contribution en pourcentage de tous les impôts sur le revenu payés, de 17% à 38%. A l’opposé, les plus démunis, c’est-à-dire les 60% les moins fortunés, ont vu leur contribution baisser, de 15% à 0,6%.[3] De quoi faire réfléchir ceux qui croient encore qu’en baissant les taux d’imposition des « riches », on leur fait un cadeau. En réalité, on contribue à enrichir le pays, à augmenter la part des impôts payés par les riches, enfin à alléger la contribution des foyers les plus modestes.

Au moment d’entreprendre des réformes en France, ce succès incontestable, ce redressement formidable et durable d’un pays pourtant dans une crise profonde, devrait faire réfléchir.

Bruno Lannes, Pierre Pâris

Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau.





[1] La période qui permet de mesurer l’effet des réformes de Reagan va de 1982 à 1989. En effet bien que sa prise de fonction date de janvier 1981, sa baisse de 25% de l’impôt sur le revenu sur trois ans n’a pris effet qu’en octobre et son premier budget fut celui de 1982. Pour la même raison, il faut inclure 1989 bien qu’il ait quitté ses fonctions en janvier 1989. Le mandat de George Bush père préfigura celui de Clinton avec des hausses d’impôt modérées et un retour de la réglementation.
[2] L’économiste américain Arthur Laffer a mis en lumière les rendements décroissants de l’impôt, mais surtout son rendement négatif au delà d’un certain seuil.
[3] Sources : Congressional Budget Office, et The Economist.