Certains commentateurs comment à envisager la prochaine étape de la crise financière. Que va-t-il se passer lorsque les Etats, trop timides ou démagogues pour baisser les dépenses publiques afin de réduire les déficits publics, vont perdre définitivement la confiance des marchés financiers ? Ils ne pourront alors plus ni financer les déficits publics ni refinancer la dette publique existante...
Cela s'est déjà produit, et les gouvernements ont alors fréquemment recours à ce qu'on appelle la "répression financière". C'est-à-dire qu'ils utilisent leur pouvoir de légiférer (avec l'appui de la branche législative ou non, du fait de l'urgence et de l'importance de la situation) pour forcer les agents économiques à financer les déficits publics.
Par exemple :
- Les banques centrales se voient obligées d'acheter les obligations d'Etat en imprimant de la monnaie ;
- Les banques commerciales voient leurs obligations de détention "d'actifs sans risque" tels que les bons du Trésor augmenter (c'est bien sûr incroyablement ironique, au sens où cela coïncide précisément avec une augmentation considérable du risque des titres en question). Alternativement, l'Etat peut imposer des restrictions sur le volume de prêts que les banques peuvent octroyer, afin de canaliser l'épargne vers la dette publique. Cela était le cas dans les années 1950 et 1960.
- Les gérants d'actifs ayant un lien quelconque avec l'Etat (fonds de pension, caisse des dépôts, etc.) sont forcés d'augmenter la part de la dette publique nationale dans leur portefeuille d'actifs ;
- Les épargnants sont obligés de souscrire à un emprunt d'Etat à de mauvaises conditions -- cela s'est déjà vu avec l'emprunt Giscard ;
- Plus généralement, les gouvernements empêchent par différents moyens l'épargne nationale d'être investie à l'étranger dans des placements plus rémunérateurs. Les épargnants sont alors forcés de prêter à l'Etat, souvent à des taux d'intérêts réels faibles voire négatifs du fait de l'inflation. Cela fut par exemple possible dans l'après-guerre du fait des contrôles des changes et des contrôles des mouvements de capitaux.
- Des limites aux retraits des comptes bancaires sont imposées. Ce fut par exemple le cas alors que l'Argentine approchait du défaut de paiement en 2001 ;
- Les contrôles des changes sont imposés, pour empêcher aux agents économiques de sortir de l'argent du territoire. Cela s'est récemment produit en Icelande : les résidents ne pouvaient sortir du territoire qu'environ 3000 euros maximum.
Dans tous les cas, la "répression financière" est présentée comme un moyen de renforcer la solidité et la stabilité du système financier, de punir les vilains spéculateurs, et d'empêcher la faillite de l'Etat. Mais ce n'est en définitive que la tentative désespérée d'un Etat incapable de se réformer de forcer les agents économiques à lui prêter à perte.
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