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La retraite par capitalisation

La retraite par capitalisation est davantage adaptée à l’environnement démographique et économique actuel. Elle permet d’absorber le choc démographique, et coûte beaucoup moins cher : les rendements du capital sont en effet supérieurs au taux de croissance démographique.   

La fiche sur Les retraites nous a fait prendre conscience de la situation catastrophique de la France en ce domaine. La fiche sur Les problèmes de la retraite par répartition nous a enseigné qu’ils proviennent notamment d’un système de retraite non adapté. La retraite par capitalisation améliorerait-elle la situation ?

Commençons par calculer le niveau des dépenses de retraites si la France avait opté dès 1945 pour un système par capitalisation. Pour répondre à cette question, nous avons simulé depuis 1975 le niveau de cotisation annuelle moyenne par cotisant du régime général, pour fournir un niveau donné de prestation aux retraités, sous la contrainte d’un niveau de vie des retraités identique dans les deux régimes.

Pour le système de retraite par répartition, on calcule le montant que doit payer un cotisant du régime général de la sécurité sociale pour que chaque retraité du régime général reçoive une pension de 100 par an. Ce montant augmente du fait de l’augmentation du rapport retraités/cotisants.

Pour le système de retraite par capitalisation, on calcule pour chaque cotisant le nombre d’années de retraites futures par année de travail. Dans la mesure où le temps passé à la retraite augmente avec les générations, le système de retraites par répartition a ici un avantage par rapport au système par capitalisation (à comparer avec l’avantage de ce dernier système en termes de rendement réel du capital). En effet, dans le premier système, il y a en 1975 peu de retraités par rapport au nombre de cotisants. Le rapport cotisants/retraités était de 3,1 en 1975, contre 1,6 en 2003. Dans le deuxième système, les cotisants doivent mettre de l’argent de côté pour leur retraite future, qui sera plus longue que celle des retraités actuels. Les cotisants de 1975 avaient approximativement 1,9 années de travail pour une année de retraite future. Les cotisants de 2003 n’en avaient plus que 1,2. Chaque année, les cotisants d’un système de retraite par capitalisation épargnent pour financer leur retraite future, qui doit être de 100 par an. La période moyenne pendant laquelle leur capital est placée sur les marchés financiers passe de 22 ans en 1975 à 24 ans en 2003.[1] Nous avons étudié trois scénarios de rendement réel du capital placé : 2%, 4% et 8%. Le rendement réel annuel d’un placement en actions sur longue période est supérieur à 8%[2], mais nous avons également inclus un rendement réel de 4% pour prendre en compte le rendement d’instruments d’épargne moins rémunérateurs, ou une baisse éventuelle future des rendements boursiers. Le rendement réel de 2% est notre « scénario catastrophe », qui nous permet d’évaluer comment se comporte un système de retraite par capitalisation dans le pire des contextes.

Quel est alors le niveau de cotisation retraite moyen dans chaque système de retraite ?

Comme ce graphique l’illustre, le système de retraites par capitalisation demande un niveau de cotisation moyen moindre que le système par répartition, et ceci même pour un rendement du capital très bas. C’est notamment pour cette raison que les dépenses de retraites dans les pays ayant adopté ce système est bien plus faible que dans les pays ayant conservé un système de retraite par répartition :

Source: OCDE, cité par la lettre du CEPII n°212.

Ainsi, le coût des retraites en France est trois fois supérieur au coût des retraites au Royaume-Uni, malgré une structure démographique similaire.

Notamment du fait de l’existence de fonds de pension à l’étranger et non en France, les non-résidents détenaient selon la Banque de France 43,9% de la capitalisation boursière du CAC 40 en décembre 2003. Le taux de versement de dividendes étant de 2,9% en 2005, les quarante plus grandes entreprises françaises ont payé cette année plus de 10,3 milliards d’euros de dividendes à l’étranger (soit 0,7% du PIB).[3] Les salariés français travaillent en partie pour financer les retraites des pays ayant mis en place un système de retraite par capitalisation.

Malheureusement, et en dépit du bon sens et des avertissements récurrents des experts, pour des raisons idéologiques et politiques, le monopole du système de retraite par répartition a été conservé. La situation s’aggrave de jour en jour, et on voit déjà se profiler un conflit intergénérationnel dans lequel les futurs travailleurs accuseront les futurs retraités de ne pas avoir réformé un système qui les prive d’une part prohibitive de leurs revenus et mène le système à la catastrophe. Peut-être refuseront-ils purement et simplement de payer les retraites d’une génération incapable d’envisager l’avenir et de prendre ses responsabilités.

Pour en savoir plus:

Bruno Lannes, Pierre Pâris

Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau.
 
[1] Le nombre d’années consacrées au travail a diminué sur la période, mais le nombre d’années passé à la retraite a parallèlement augmenté. Nous avons également pris en compte le fait que les salaires, et donc les cotisations retraites, s’accroissent généralement avec l’âge du salarié, en diminuant en conséquence le temps moyen pendant lequel le capital est placé. [2] Le rendement réel annuel moyen de l’indice mondial calculé par Morgan Stanley (MSCI world index) a été de 8,3% sur la période 1975-2004. La différence de rendement entre les actions américaines et le taux sans risque a historiquement été proche de 8%. C’est pourquoi nous estimons le rendement réel annuel des actions à 8%.
[3] Source : Euronext et calculs des auteurs.