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Réagir face à la crise financière (mis à jour)

Les marchés actions sont en chute libre, les banques s'effondrent, les hommes politiques sont perdus.

Que faire? 
 

Les banques manquent de capital, et certains de leurs actifs ont une valeur non seulement faible, mais surtout incertaine. Cela entraîne d'une part un besoin de cash (une sorte d'assurance contre un assèchement des financements) et d'autre part la disparition de la confiance entre les autres banques (même si sa situation "fondamentale" est saine, une banque qui ne parvient plus à renouveler son financement peut très bien couler). Par conséquent, la garantie des prêts interbancaires ne pourrait au plus qu'être une solution temporaire qui ne résout pas les problèmes de fonds. En effet, la garantie des prêts rétablirait la confiance, mais elle ne changerait pas le fait que les banques ont besoin de conserver du cash. Une telle mesure peut bien sûr être utile, mais probablement pas suffisante a long-terme. 

Il est essentiel de distinguer deux choses: (i) La perte de confiance des particuliers envers les banques et un bank run "traditionnel", et (ii) La perte de confiance des banques et des investisseurs des marchés monétaires et de dette a court-terme envers les (autres) banques, l'assèchement des sources de financement qui mène les banques à devoir soit liquider des actifs (or des fire sales dans le climat actuel feraient très mal) ou à faire appel à une injection massive de liquidités de la part de la banque centrale - ou encore à faire faillite. 

On parle beaucoup du premier en Europe, mais quid du second? En particulier, aux Etats-Unis, c'est surtout le second qui était important. A ce titre, une bonne coordination entre les ministres des finances et la Banque Centrale Européenne est essentielle. C'est acquis aux Etats-Unis, bien moins en Europe, d'une part du fait de l'éclatement de l'autorité politique et des divergences de point de vue entre pays, d'autre part du fait des attaques des politiciens (notamment français) vis-à-vis de la BCE, qui ne créent pas un climat propice a la coopération. 

En l'absence de coopération allemande, pourquoi ne pas faire un plan Paulson a l'échelle française, donc limité aux banques avec un business significatif en France? Cela pourrait même donner aux banques françaises un certain avantage, leur permettant notamment de racheter des concurrents étrangers à très bon prix.

En revanche, je suis assez dubitatif envers la nationalisation partielle des banques (la fiche sur le plan Paulson cite les raisons pour lesquelles The Economist y est également opposé). Donner aux politiciens le contrôle de banques est dangereux. Il vaut mieux racheter certains de leurs actifs à bon prix. Au pire, si une injection de capital public et une nationalisation partielle sont nécessaires, il serait bon de s'assurer qu'il s'agit d'une solution temporaire - donc explicitement prévoir une sortie de l'Etat du capital des banques à terme.

La mise en oeuvre

Même si la situation fondamentale des banques et autres institutions financières françaises est relativement saine, elles sont vulnérables à un effondrement du système financier et à des pertes de confiance idiosyncratiques et potentiellement irrationnelles.

Pour résumer, afin d'éviter les effets domino foudroyants, le système financier a besoin d'un accord rapide sur un plan clair et mis en oeuvre rapidement; les modalités d'application doivent être également très claires et crédibles, ce qui n'est pas nécessairement gagné avec un grand accord européen... En effet, la tentation populiste dans un contexte de récession est forte, et les désaccords entre pays persistent. Or, dans l'univers financier un plan non-crédible (par exemple parce qu'il soumis au bon vouloir des politiciens) n'aurait aucune chance de succès.

En pratique, ce plan et les ressources allouées pourraient être gérés par un organisme public indépendant du pouvoir politique avec des missions clairement définies - sur le modèle de la BCE, et comme cela avait le cas aux Etats-Unis lorsque des agences similaires avaient été mises en place. Afin d'éviter d'avoir à constituer une équipe, avec toutes les lenteurs bureaucratiques et les jeux politiques européens qui s'ensuivraient, il est préférable d'adosser cet organisme à une institution crédible, indépendante, et talentueuse. A ce titre, la BCE s'impose

Les solutions à la crise actuelle existent. Reste à savoir si la volonté politique est plus forte que la démagogie anti-finance.

 Pierre Chaigneau