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Les politiques de relance et la succession des crises

Combattre une crise avec des mesures politiques volontaristes génère souvent les conditions de la prochaine crise. L'image ci-dessous présente un exemple frappant, avec Paul Krugman qui préconise de combattre la (petite) récession de 2001-2002 aux Etats-Unis en créant une bulle immobilière. Comme on le sait maintenant, cette dernière dévastera l'économie américaine (et mondiale) cinq ans plus tard.

Ce n'est pas tout. En automne 2008, suite à l'effondrement des marchés financiers, il était nécessaire de restaurer la santé des institutions financières pour relancer l'intermédiation financière. C'est ce qu'a fait le plan Paulson (ou TARP). Selon ce plan, l'Etat rachetait les actifs "toxiques" des institutions financières à un prix très faible. En net, il ne coûtait donc quasiment rien aux finances publiques comme nous l'avions analysé à l'époque dans cette étude. Ce plan a été mis en oeuvre par Henry Paulson, le dernière ministre de l'économie ("Treasury secretary") de l'administration Bush.

En revanche, le stimulus fiscal mis en place par l'administration Obama et par de nombreux gouvernements européens pour "relancer l'activité" n'a eu que peu ou pas d'effets bénéfiques. Rien d'étonnant : dans cet article, nous expliquons que les politiques de relance conjoncturelle sont au mieux largement inutiles et au pire néfastes. Mais le coût de cette "relance budgétaire" pour les finances publiques fut astronomique, avec des déficits publics avoisinant souvent 10% du PIB ou plus (notamment aux Etats-Unis et dans de nombreux pays européens), et une dette publique qui a explosé.

Cette explosion de la dette publique explique directement la crise actuelle. Rappelons que celle-ci est due à l'endettement excessif des Etats et aux doutes croissants et légimites sur leur solvabilité. Cette crise est pour l'instant confinée à certains pays du sud de l'Europe. Elle est pourtant déjà profondément déstabilisatrice, et va vraisemblablement s'étendre et s'amplifier.

Encore une fois, une politique de relance pour résorber une crise génère une crise encore plus grave quelques années plus tard.

On peut dès lors se demander comment les gouvernements vont procéder pour résoudre la crise actuelle. Deux types de mesures se profilent.

Premièrement, des augmentations des taux marginaux d'imposition pour davantage de "justice sociale" et pour renflouer les finances publiques. Or cela aurait un impact désastreux en termes d'incitation à l'activité économique et d'attractivité du territoire. Cela irait également à l'encontre des enseignements de la recherche en économie en matière de fiscalité optimale, que nous résumons dans cet article. Enfin, il est probable que cela n'augmente pas significativement la part du fardeau fiscal supportée par les "riches". Ainsi, lors de la forte réduction des taux marginaux d'imposition aux Etats-Unis sous l'administration Reagan durant les années 1980, non seulement les riches ont en définitive payé davantage d'impôt, mais la part d'impôts payée par les riches a également augmenté ! Nous le montrons avec ces graphiques. Le paradoxe n'est qu'apparent : des taux marginaux plus faibles encouragent l'activité, ce qui élargit la base taxable, et ils découragent le contournement de l'impôt.

Deuxièmement, des mesures restrictives sur les activités financières. Par exemple, la Commission européenne planche sur une taxe Tobin sur les transactions financières, malgré ses effets pervers considérables que nous expliquons dans cet article. Dans le contexte actuel, des mesures de "répression financière" sont également plausibles, par exemple pour forcer d'une façon ou d'une autre les agents économiques à financer les dettes publiques colossales. Or des mesures qui empêchent le système financier de jouer pleinement son rôle d'allocation des ressources vers les activités les plus productives auraient également des effets désastreux en termes de croissance économique.

Il semblerait donc que les gouvernements européens choisissent de "régler" la crise de la dette publique en entraînant le continent sur une voie de croissance faible voire de stagnation. Vivent les politiques de relance keynésiennes.