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La taxe d'embouteillage

La taxe d’embouteillage fait payer aux automobilistes le véritable coût social de leur conduite. Elle diminue les encombrements, encourage des choix plus « sociaux », et fournit des revenus fiscaux. A Londres, son introduction par un maire socialiste a été un succès.

La congestion charge, ou « taxe d’embouteillage », est supposée lutter contre les encombrements des villes, tout en prélevant des revenus fiscaux.

Lorsque de nombreux conducteurs utilisent la même route, ils créent des embouteillages. Chacun souffre de la perte de temps occasionnée. Mais lorsqu’il s’agit de décider entre prendre sa voiture ou les transports en commun (ou de différer ses déplacements à une heure moins encombrée, ou de trouver une combinaison emploi-logement ne nécessitant pas de longs trajets, etc.), chaque conducteur ne considère que le temps qu’il va lui-même perdre dans les embouteillages, pas le temps qu’il va faire perdre aux autres. En effet, ajoutez un conducteur sur une route embouteillée, il aggrave l’embouteillage et fait perdre davantage de temps à tous. Mais il ne prend pas cela en compte. Il génère des externalités négatives.

Afin qu’il internalise le véritable coût social de sa conduite (égal au coût privé, soit le temps qu’il perd lui-même, auquel on ajoute le temps qu’il fait perdre aux autres), il convient de lui faire payer l’utilisation de l’espace routier, lorsque ce dernier est une denrée rare. A contrario, ajouter un conducteur sur une route fluide n’empire pas significativement la situation des autres conducteurs. C’est pourquoi il est souhaitable que les conducteurs payent une « congestion charge » lorsqu’ils empruntent des routes embouteillées. C’est-à-dire, typiquement les routes des villes durant la journée, et les autoroutes durant les départs en vacances.

En pratique, chaque automobiliste paye en fonction de la contribution de son véhicule aux encombrements. Une moto ne payera qu’un coût très bas ou nul, un camion un coût plus élevé.

Ne nous méprenons pas, cette taxe n’a pas vocation à lutter contre les dégâts environnementaux causés par la conduite automobile – même si elle y contribue. Les taxes sur l’essence, telle que la TIPP en France, sont alors plus appropriées. En effet, la pollution générée par les voitures est une fonction de la quantité d’essence consommée, pas du fait que l’on roule en ville plutôt qu’en campagne.

Cette taxe d’embouteillage a été introduite avec succès à Londres par le maire socialiste Ken Livingstone en 2003. Quatre ans plus tard, Transport for London annonçait une diminution de 20% du trafic routier. On voit de plus en plus de cyclistes. Pas étonnant, lorsque conduire dans le centre de Londres entre 7h et 18h coûte désormais 8 livres (12 euros) par jour. Les fonds récoltés, 252 millions de livres sur l’année 2006-7, sont utilisés pour améliorer les transports en commun Londoniens.

Il est vraisemblable que les effets positifs d’une telle taxe en matière d’encombrement des routes ne se ressentent qu’avec un certain délai : on ne s’adapte pas instantanément. Mais sur le long-terme, une taxe d’embouteillage altérera largement les calculs individuels. Une fois encore, les comportements évoluent dans une direction plus "sociale" lorsque les individus sont confrontés aux vrai coût social de leur conduite.

Pierre Chaigneau

Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau.