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La taxe sur les produits pétroliers

La TIPP est utile du fait des externalités de pollution qu’elle combat, et de la faible élasticité-prix de la consommation d’essence. En décourageant l’utilisation du pétrole, la TIPP favorise également l’indépendance énergétique et le développement de nouvelles technologies. 

La taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP), qui s’applique en particulier à l’essence, a rapporté 18 milliards d’euros en 2007. Elle compte de nombreux avantages, et doit être maintenue à un taux élevé :

Premièrement, la plupart des utilisations du pétrole, notamment en tant que carburant, génèrent des externalités négatives en pollution. Le fait que vous preniez votre voiture ou non ne changera que marginalement la pollution dans votre commune. C’est donc un critère que vous l’allez pas considérer au moment de faire vos choix - du type utiliser une voiture ou un vélo pour vos déplacements, mais aussi vivre loin de votre lieu de travail, etc. Cependant, le fait que tous prennent leur voiture aura un impact significatif sur la pollution, dont tout le monde souffrira. Dans ces conditions, pour faire en sorte que les choix individuels mènent néanmoins à l’optimum social, il convient de taxer les activités polluantes. Le moyen le plus simple est encore de taxer le carburant utilisé.

Deuxièmement, la consommation d’essence est peu élastique avec le niveau de cette taxe, ce qui assure que cette dernière puisse être maintenue à un niveau élevé sans trop biaiser les choix des consommateurs.[1] Les économistes Jose Labeaga et Angel Lopez l’ont bien montré dans le cas de l’Espagne : « Les automobilistes ayant des habitudes et des obligations, leur demande de pétrole est très peu élastique par rapport au prix. »[2]

Troisièmement, il existe de bonnes raisons de décourager l’utilisation du pétrole. Tout d’abord, il est souhaitable de tendre vers l’indépendance énergétique, pour des raisons tant politiques que commerciales (la facture pétrolière coûte très cher à la France : 36 milliards d’euros en 2007, en grande partie du fait de l’envolée du cours du pétrole), mais également de sécurité d’approvisionnement. Ensuite, un prix du pétrole durablement élevé encourage le développement et l’utilisation de nouvelles technologies alternatives, typiquement moins polluantes. Enfin, le prix du carburant détermine en partie l’organisation urbaine et sociale. Ce n’est pas un hasard si les villes Européennes ne ressemblent pas à Los Angeles, et ne s’étendent pas sur des dizaines et des dizaines de kilomètres : jusqu’à une période récente, les Américains payaient une somme dérisoire pour leur essence, et pouvaient donc se permettre de vivre très loin des centres villes, des commerces et des entreprises. En Europe, le prix élevé de l’essence à la pompe a favorisé le développement des transports en commun, des communautés, de quartiers qui offrent toute une panoplie de services, de commerces, d’emplois et de divertissements aux résidents. Or, au regard du deuxième point ci-dessus, un taux de taxation très élevé du pétrole est requis pour qu’un effet dissuasif apparaisse.

Pierre Chaigneau

Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau.

[1] La règle selon laquelle un produit ou service doit idéalement être taxé à un taux proportionnel à l’inverse de l’élasticité-prix de sa demande est présentée dans Microeconomic Analysis 3rd edition, 1992, par Hal R. Varian, p.411-412. [2] A study of petrol consumption using Spanish panel data, 1997, Applied Economics.

Taxe carbone

Ce ne serait pas idiot de produire un article sur la taxe carbone, sujet on ne peut plus d'actualité (et très sensible). D'autant plus qu'il est très lié à celui de la TIPP.

Excellente tribune à ce sujet dans les Echos ce matin:

http://www.lesechos.fr/info/analyses/020434353838.htm?xtor=RSS-2059

à ce sujet...

On en parle largement dans notre article sur le Réchauffement Climatique: http://www.eclaireco.org/fr/rechauffementclimatique.

Qui plus est, on compare la taxe carbone aux moyens alternatifs de donner un prix à la pollution (notamment marché des droits à polluer et subventions aux diminutions de la pollution).