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Libérer la téléphonie mobile

En France, la concurrence dans le secteur de la téléphonie mobile est insuffisante. Il s’ensuit un taux d’utilisation des mobiles relativement faible, et des tarifs élevés. Pourtant, l’exemple de l’ouverture à la concurrence de la téléphonie fixe et d’internet en 1998 montre que la France sait s’y prendre pour être en pointe.

Les vingt dernières années l’ont prouvé : les Français sont friands des technologies de l’information et des communications (TIC). Selon l’INSEE, « depuis 1997, les dépenses en volume en biens et services TIC progressent à un rythme supérieur à 10% par an. En 2007, la hausse est de 13,7% après + 15,8% en 2006. Cette augmentation explique un quart de la hausse globale de la consommation des ménages.» Fin 2007, les dépenses des ménages en TIC représentaient en moyenne 2 000 Euros par foyer.

Paradoxalement, cette augmentation de la part du budget familial affectée aux produits et services TIC n’a pas été accompagnée par une baisse conséquente et ventilée des prix. Il s'ensuit qu'une grande part de la population française reste encore exclue de l’accès à ces services. Le secteur de la téléphonie mobile en est aujourd’hui un exemple flagrant. Le taux de pénétration mobile de la population n’a que faiblement progressé ces deux dernières années et se place loin derrière celui de nos voisins européens. Fin 2007, le taux de pénétration d’abonnements mobiles en France était de 86% contre 121% pour le Royaume-Uni ou encore 115% pour l’Allemagne. Mais les Français payent cher pour leurs mobiles : le revenu moyen mensuel des opérateurs français par abonné est estimé à 45$, contre 21$ pour leurs voisins allemands. Le manque de variation des parts de marchés (voir le graph ci-dessous) témoigne du manque de compétition sur le segment mobile en France.

Cet état de faits n’est en aucun cas une fatalité et des politiques de régulation antérieure dans ce même secteur ont prouvé qu’une baisse des prix était réalisable. L’exemple le plus approprié est l’ouverture du marché fixe/internet en 1998. La mise en place d’une tarification du dégroupage établi sur un modèle de coût a permis l’émergence d’un marché extrêmement compétitif. Celui-ci permit une baisse conséquente des prix au fur et a mesure de l’augmentation de la demande. Aujourd’hui avec un coût par abonnement a l’ADSL moyen de 30 euros, la France peut se féliciter d’avoir un taux de pénétration des foyers parmi les plus élevés en Europe.


Parts de marché en volume d’abonnés mobile en France, 2000-2007. Sources : Opérateurs, ARCEP.

La téléphonie mobile reste donc aujourd’hui en France le mauvais élève du secteur. Une véritable ouverture à la concurrence semble non seulement nécessaire, mais aussi urgente. Tout d’abord, l’accès à internet est en phase de devenir disponible via de nombreuses technologies. Le tout IP implique que les réseaux ne sont plus indépendants les uns des autres et dédiés seulement a un seul service. Ils sont désormais complémentaires. Enfin, assumer un taux de pénétration inférieur aux autres pays européens serait une erreur capitale alors que les TIC, selon une étude récente, peuvent faire gagner un point de plus de croissance économique par an à la France ! 
 
Plusieurs leviers de régulation sont aujourd’hui disponibles pour insuffler des dynamiques compétitives qui permettront de généraliser à toute la population française l’accès aux TIC :

1) Octroyer la 4e licence UMTS a un nouvel entrant.
2) Fixer les prix de gros des services mobiles pour les opérateurs mobiles virtuels (MVNOs) sur un model de coût.
3) Optimiser les réseaux existant en encourageant les opérateurs à partager l’accès à leurs infrastructures fixes et mobiles.
4) Donner la priorité aux opérateurs de télécommunications sur le « white space » (spectre radio utilise par la télévision analogique) suite à l’extinction du signal analogique en 2011.
5) Diversifier les accès en accélérant la commercialisation des services WiMAX et en incitant la création de réseaux WiFi indépendants.

Pour conclure, les TIC représentent un secteur clé pour l’avenir de notre économie. Brider la dynamique compétitive dans ce secteur aurait des conséquences néfastes sur la croissance à long terme de notre économie. Il est donc malvenu de créer aujourd’hui des taxes spécifiques qui d’une façon ou d’une autre se répercuteront sur le consommateur. Enfin, il est important de préciser que les recommandations ci-dessus ne vont en aucun cas à l’encontre des acteurs dominant du marché. Bien au contraire ! Cette nouvelle dynamique leur permettra d’être encore plus innovant en termes de services et de produits, mais aussi de diversifier leurs sources de revenus en améliorant leur présence dans la chaîne de valeur. 
 
Xavier du Plessis

Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau.

Une nouvelle étude confirme ces conclusions

Dans une nouvelle étude, la commission européenne montre que les tarifs français en matière de télécommunication sont particulièrement élevés, et elle invoque une concurrence insuffisante. A nombre d'appels et nombre de textos équivalents, les Français payent plus cher que tous leurs voisins européens (hormis l'Espagne).
Les chiffres: http://www.lefigaro.fr/conso/2009/03/25/05007-20090325ARTFIG00365-mobiles-les-tarifs-francais-trop-eleves-selon-bruxelles-.php

Un peu légère votre argumentation !

Une réaction à chaud :

"Mais les Français payent cher pour leurs mobiles : le revenu moyen mensuel des opérateurs français par abonné est estimé à 45$, contre 21$ pour leurs voisins allemands". Quelle est la source de ces données exprimée en dollars ?

Un peu léger comme analyse. Comparer les prix payés par des consommateurs dans différents pays est un exercice difficile et retenir le revenu moyen mensuel n'est pas forcément pertinent car il faut mettre en face les services dont bénéficient les consommateurs et leur niveau de consommation. Par exemple, dans un pays où les services seraient de grande qualité et donc utilisés intensivement par les consommateurs, le revenu moyen par consommateur a toutes les chances d'être plus élevé que dans un pays où les services sont de mauvaises qualité et peu utilisés. Il ne me semble pas que ce dernier pays qui se caractériserait par un revenu moyen par consommateur plus bas

Une méthode plus fine (mais pas sans limites non plus) consiste à comparer des paniers de consommations (c'est d'ailleurs la méthode utilisée par la Commission européenne mais également par l'UFC-Que Choisir en 2008 "Etude de l'évolution des dépenses des consommateurs en téléphonie mobile", février 2008, disponible sur le site de l'UFC).

Les résultats sont loin d'être en défaveur de la France si l'on tient compte correctement des offres illimitées. Il semble légitime d'en tenir compte dans la mesure où elles apportent un réel bénéfice au consommateur. Voir à ce sujet la synthèse d'une étude commandée par Orange France au cabinet Microeconomix et disponible à l'adresse suivante : http://www.microeconomix.fr/publications/doc_details/106-mobile-price-co...

Un peu déçu donc pas ce premier article que je lis sur votre blog car le sujet aurait mérité un traitement plus rigoureux. Mais je n'abandonne pas et vais continuer mes lectures !

"Un peu légère votre argumentation"-Réponse

Bonjour,

Tout d'abord merci beaucoup pour ces commentaires qui sont pertinents à plus d'un titre. Je souhaiterais cependant apporter quelques éléments complémentaires à l'article et par la même remettre en cause votre analyse.
Les revenus moyens par utilisateur (ARPU) mentionnés dans l'article reflètent les données historiques fournies par les opérateurs dans leurs rapports annuels. Dans ce cas précis, il s’agit de « blended ARPU » par marché prenant en compte les abonnés post-payés et pré-payés de tous les opérateurs d’un marché donné. Ces données sont ensuite converties en USD PPP (Purchasing Power Parity) permettant ainsi de faire une comparaison apple-apple. Ainsi, nous obtenons un blended ARPU bien supérieur en France qu’en Allemagne.

Comme vous le notez justement dans votre commentaire cela n’est pas suffisant pour prouver que « les Français payent cher pour leur mobile ». Vous proposez donc de comparer les paniers de consommation. Cette méthode est en effet efficace dans certains cas. Cependant, c’est un peu plus complexe quand il s’agit de comparer les tarifications des services mobiles. L’étude de Microéconomix prend en compte les abonnements, « illimités » inclus. Hors, elle ne prend pas en compte les communications hors forfaits (Voix, SMS, MMS) qui sont une source de revenu importante pour les opérateurs. C’est d’ailleurs en partie la raison d’être des offres illimités qui sont rappelons le « illimités » que pour certaines périodes (« Soir et WE », « 18h-8h », etc…). La solution serait donc de comparer les ARPU avec les MOU (minutes of usage) et les tendances d’utilisation des services de données. Malheureusement, ces données sont rarement mises à la disposition du publique.

Il ne nous reste plus qu’à constater ce qui peut l’être. Pour un PNB par habitant fin 2007 de USD39,7k en France et de USD39,4k en Allemagne, la facture de téléphone mensuelle était plus de deux fois plus chère pour le consommateur français. Et pourtant, les Vodafones, T-Mobile, E-Plus et autres offrent la même qualité de services à leurs clients. Je vous invite à consulter les sites des opérateurs allemands et britanniques pour plus d’informations sur ces services.

Cordialement

XDP