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Eclairages Economiques - le blog

La fin du rêve européen de la France

"The pro-euro politicians ignored economists’ warnings that imposing a single currency on a dozen heterogeneous countries was bound to create serious economic problems. They regarded the economic risks as unimportant relative to their agenda of political unification. But the creation of the euro caused a sharp fall in interest rates in the peripheral countries, leading to debt-financed housing bubbles and encouraging their governments to borrow to finance increased government spending. (...) That ended in 2010, after Greece admitted that it had lied about its budget deficits and debt. The conditions in Greece are now hopeless, and are likely to lead to further defaults and a withdrawal from the eurozone. Spain, too, is in serious trouble, owing to the budget deficits of its traditionally independent regional governments, the weakness of its banks, and its need to roll over large sovereign-debt balances each year. (...) The fiscal compact is an empty gesture that may be the last attempt to pretend that EU members are moving toward political unification. The European project has clearly failed to achieve what French political leaders have wanted from the beginning. Instead of the amity and sense of purpose of which Monnet and Schuman dreamed, there is conflict and disarray. 

http://www.project-syndicate.org/commentary/france-s-broken-dream

 

La monnaie et le crédit dans l'histoire

Un article récemment publié dans l'American Economic Review se penche sur les liens historiques entre la monnaie et le crédit. Il distingue deux périodes. La période pré-deuxième guerre mondiale, avec l'étalon or et un lien étroit entre ces deux variables, et la période post-deuxième guerre mondiale, avec la monnaie fiduciaire et différents mécanismes qui ont cassé le lien entre ces deux variables, et permis une expansion formidable du crédit.

Une conclusion notable de cette étude est le fait que les crises financières pré-deuxième guerre mondiale se soldaient par une déflation à la Fisher, tandis que les crises financières post-deuxième guerre mondiale se traduisaient plutôt par une période inflationiste.  

Source : http://www.econ.barnard.columbia.edu/~econhist/papers/CreditBoomsDec10.pdf

Et si l'Europe arrêtait de financer la Grèce ... ?

Chaque jour révèle davantage que l'argent prêté à la Grèce ne sera pas remboursé, et qu'il s'agit d'un puits sans fond. Que se passerait-il alors si l'Europe cessait son aide à la Grèce ? Martin Wolf, économiste en chef du Financial Times, analyse les conséquences scénario de plus en plus probable : 

"a cessation of external official funding could trigger a disorderly collapse. The government would default. (...) There would be comprehensive bank runs. Athens would impose exchange controls, introduce a new currency, redenominate domestic contracts and default on external contracts denominated in euros. This would be chaos. Unpaid police officers and soldiers are unlikely to keep order. Looting and rioting could occur. A coup [d'état] or civil war would be conceivable."

http://www.ft.com/intl/cms/s/0/614df5de-9ffe-11e1-94ba-00144feabdc0.html#axzz1vEobAmbx

 

Une panique bancaire en Grèce

Les Grecs votent avec leurs pieds. Craignant une sortie de l'euro assortie d'une dévaluation de la monnaie locale, ils ont en trois jours seulement retiré près d'un milliard d'euros des banques grecques.

Par ailleurs, la Banque Centrale Européenne vient d'annoncer qu'elle cessait de fournir de la liquidité (par des opérations de refinancement) aux banques grecques, celles-ci n'ayant pas une base de capital suffisante pour absorber de possibles pertes : http://www.reuters.com/article/2012/05/16/us-ecb-greece-banks-idUSBRE84F0SN20120516

Or, dans un article publié dans le Financial Times juste avant la parution de cette information, on pouvait lire : ‎"It is still true that if the Greeks do not want to jump, they will only leave the euro if they are pushed. The push would be the European Central Bank cutting its lifeline to Greek banks in the deposit run that Athens’ default would trigger." http://www.ft.com/intl/cms/s/0/1c946cb4-9f4c-11e1-a455-00144feabdc0.html#axzz1v3q5gymO

PS : ces retraits massifs de dépôts ne sont pas seulement un problème en Grèce, mais aussi en Belgique, en France, en Italie, et en Espagne : http://www.reuters.com/article/2012/05/17/us-banks-deposits-idUSBRE84G0MG20120517

La crise grecque, suite

Les analyses sur le future de la Grèce et de l'Europe sont passées en revue ici :  http://www.economist.com/blogs/charlemagne/2012/05/euro-crisis-0/print 

Le choix de la Grèce

Un petit rappel que les pays dont les Etats ont longtemps trop dépensé n'ont pas le choix entre l'austérité et le status quo, mais entre l'austérité et la faillite (laquelle s'accompagne d'ailleurs inévitablement de plus d'austérité) :  http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/05/09/20002-20120509ARTFIG00720-quitter-la-zone-euro-un-cauchemar-grec.php

Notons que "l'austérité" est un mauvais terme pour désigner une diminution des dépenses publiques (dépenses de santé, et de retraites et d'assistanat notamment) et du train de vie de l'Etat.

 

Pourquoi la présidence Hollande se traduira par une déception ou un échec

Tout d'abord, Mr Hollande a "déclaré la guerre" à la finance. Ca peut être une façon de récolter des voix, mais fondamentalement c'est assez irresponsable pour deux raisons. Premièrement, la finance est un outil, qui peut bien sûr être plus ou moins bien manié. Mais déclare-t-on la guerre à la médecine si celle-ci n'arrive pas à guérir une certaine maladie...? Deuxièmement, comme on souligne plus bas sur ce blog, "Pourquoi pas [déclarer la guerre à la finance], sauf si votre pays doit emprunter plusieurs milliards d'euros à ces fameux marchés pour financer les promesses de campagne." Il faut être cohérent, on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Sur ce point, soit Mr Hollande mettra en danger le financement de l'Etat et de l'économie française, soit il décevra ses électeurs.

Aussi et surtout, la solution de Mr Hollande pour résorber le déficit public consiste à augmenter les taux d'imposition et de dépenser plus d'argent public (donc d'argent des contribuables) pour relancer la croissance. Cette "solution" est problématique pour deux raisons. Premièrement, dans l'état actuel des choses, une hausse des taux marginaux d'imposition ne rapporterait pas à l'Etat plus de recettes fiscales à terme, comme expliqué ici http://www.eclaireco.org/franceenfaillite : dès lors que les taux marginaux d'imposition sont déjà suffisamment élevés (comme c'est le cas en France), les augmenter diminue tellement la base taxable que l'effet sur les recettes fiscales est négatif à terme. Deuxièmement, la hausse des dépenses publiques pour relancer la croissance est un "remède" qui a été utilisé depuis au moins 40 ans sans grand succès, si ce n'est la croissance phénoménale du poids de l'Etat (les dépenses publiques représentent maintenant 56% du PIB en France) et l'accumulation d'une dette publique qui cause précisément la crise actuelle. Au niveau européen, seule l'Allemagne pourrait se permettre de creuser son déficit, mais elle y est clairement opposée : http://www.lefigaro.fr/international/2012/05/10/01003-20120510ARTFIG00702-le-rappel-a-l-ordre-de-merkel-a-la-france.php

Dans ce contexte, l'application des "solutions" de Mr Hollande va vraisemblablement empirer les difficultés de la France et précipiter le pays dans une grave crise des finances publiques, qui s'accompagnera probablement d'une crise économique (cf. la Grèce ou l'Espagne, par exemple, même si chaque pays est bien sûr unique). Sauf si Mr Hollande se révèle assez pragmatique, oublie une bonne partie de ses promesses de campagne et se met à gouvernement sérieusement après avoir pris quelques mesures symboliques, décevant ainsi son parti et ses électeurs. A suivre.

Attention aux fausses solutions

Un papier très bien construit de Raghuram Rajan sur les leçons de la récession récente : http://faculty.chicagobooth.edu/raghuram.rajan/research/papers/FA%20May%202012.pdf

Le sous-titre : "Le monde occidental ne peut pas espérer retrouver la croissance en empruntant et en augmentant les dépenses publiques." Il faudrait faire passer le message aux socialistes français.

Les limites de la redistribution

« Vous ne pouvez pas apporter la prospérité au pauvre en la retirant au riche. Tout ce qu'un individu reçoit sans rien faire pour l'obtenir, un autre individu a dû travailler pour le produire sans en tirer profit. Tout pouvoir ne peut distribuer aux uns que ce qu'il a préalablement confisqué à d'autres. Quand la moitié d'un peuple croit qu'il ne sert à rien de faire des efforts car l'autre moitié les fera pour elle, et quand cette dernière moitié se dit qu'il ne sert à rien d'en faire car ils bénéficieront à d'autres, cela mes amis, s'appelle le déclin et la fin d'une nation. On n'accroît pas les biens en les divisant. » Dr. Adrian Rogers, 1931.

La guerre contre la finance, suite

On le sait, François Hollande a désigné la finance comme son grand ennemi -- sans d'ailleurs que l'on ne comprenne vraiment ce que cela signifie.

Commentaire de Gideon Rachman, dans le FT de la semaine dernière : "Pourquoi pas, sauf si votre pays doit emprunter plusieurs milliards d'euros à ces fameux marchés pour financer les promesses de campagne."

Hé oui, on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. François Hollande le sait pertinemment, mais il mène encore en bateau une majorité de Français. 

Hollande : un candidat plutôt dangereux

C'est le verdict de l'hebdomadaire de référence de The Economist. Rappelons que loin d'être systématiquement de droite, celui-ci avait notamment soutenu Barack Obama en 2008. François Hollande fait la couverture d'un numéro qui sort en kiosque demain (vendredi 26 avril). Dans un éditorial dévastateur pour le candidat du Parti Socialiste, on peut notamment lire :

"Mr Hollande’s programme seems a very poor answer to all this -- especially given that France’s neighbours have been undergoing genuine reforms. He talks a lot about social justice, but barely at all about the need to create wealth. (...) Mr Hollande evinces a deep anti-business attitude. He will also be hamstrung by his own unreformed Socialist Party and steered by an electorate that has not yet heard the case for reform, least of all from him. Nothing in the past few months, or in his long career as a party fixer, suggests that Mr Hollande is brave enough to rip up his manifesto and change France. And France is in a much more fragile state than when Mitterand conducted his Socialist experiment in 1981-83. This time the response of the markets could be brutal."

La suite ici : http://www.economist.com/node/21553446

Hollande a déjà coûté 6 milliards d'euros aux finances publiques

Avant même d'avoir été élu, François Hollande pèse déjà sur les finances publiques de la France. Comment ? Tout simplement du fait que la perspective de son élection a augmenté l'écart de rendement ("spread") entre la dette française et la dette allemande. La première coûte maintenant 1,45 points de pourcentage de plus que la seconde, contre seulement 1,09 début avril, alors que la victoire de Sarkozy semblait encore possible. Avec une dette publique qui reprèsente environ 90% du PIB, et du fait que l'Etat devra payer des taux d'intérêts plus élevés sur les nouvelles émissions, on peut estimer que le spectre de François Hollande coûte déjà à l'Etat français environ 6 milliards d'euros par an. Ca promet pour la suite.

Un indicateur à surveiller

Le spread (différence de taux de rendement) entre les obligations d'Etat françaises et allemandes à 10 ans : http://www.bloomberg.com/quote/.FRAGER10:IND

Plus les investisseurs en obligations s'attendent à terme à un défaut ou autre forme d'expropriation (par exemple par l'inflation), plus le taux de rendement qu'ils exigent pour prêter à un pays est élevé, et plus l'Etat doit payer un taux d'intérêt élevé pour refinancer sa dette et financer les déficits publics.

Ces derniers mois, le spread France-Allemagne a progressé, mais reste encore à un niveau raisonnable. Si François Hollande prenait clairement l'ascendant à l'issue du premier tour, il serait intéressant de voir l'évolution de cet indicateur, car celui-ci préfigurerait les conditions dans lesquelles le candidat socialiste devrait gérer le pays.

PS: lundi 23 avril, au lendemain du premier tour, le spread en question était en hausse de 5% sur la journée. Depuis début avril, au fur et à mesure que François Hollande confortait son avance dans les sondages, le spread a augmenté de 33%, passant de 1,09% à 1,45%.

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