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Eclairages Economiques - le blog

La contrainte politique en Allemagne

La semaine dernière, l'Allemand Jens Weidmann a été le seul membre du conseil de gouvernance de la BCE (sur 24) à s'opposer à des achats de dette publique. Cependant, sa position reflète celle de l'Allemagne, ce qui est inquiétant pour la suite. Comme l'explique Wolfgang Münchau dans le Financial Times d'aujourd'hui

"Mr Weidmann may have isolated himself in the governing council, but not in his country. When he says that bond purchases border on an illegal act of debt monetising, he is expressing a consensus view among German economists, lawyers and politicians. (...) The problem is a shift in public opinion [in Germany]. (...) My sense is that [Mr Weidmann] is winning the overall debate – a victory the eurozone is unlikely to survive in one piece."

Quel futur pour l'économie française ?

La mise en garde de Nicolas Baverez, à lire absolument : 

http://www.lefigaro.fr/livres/2012/09/06/03005-20120906ARTFIG00597--reveillez-vous-le-cri-d-alarme-de-nicolas-baverez.php

Extrait : "Après trois décennies d'ambiguïté où l'on a parlé de production mais toujours arbitré en faveur de la consommation et de la redistribution, la France doit faire clairement le choix d'une politique de l'offre. Le schéma keynésien d'une croissance tirée par des dépenses publiques financées par la dette est mort. Parce que la consommation se porte sur les importations dans une économie ouverte si l'appareil de production n'est plus performant. Parce que les impôts indispensables à la dépense publique euthanasient l'activité et l'emploi marchands, provoquant l'exil des centres de décision, des capitaux et des talents. [Note: c'est particulièrement pertinent alors que Bernard Arnault vient d'annoncer sa décision de prendre la nationalité belge, voir par exemple http://www.lefigaro.fr/impots/2012/09/08/05003-20120908ARTFIG00413-impots-si-hollande-persiste-il-y-aura-d-autre-cas.php] Parce que l'impôt n'est pas mis au service du désendettement mais de la fuite en avant de dépenses de redistribution ruineuses pour l'économie et contre-productives socialement. Parce que l'excès de dette publique ruine le crédit de l'Etat et la confiance. (...)

Dès lors que la consommation excède la production de 10%, le choix doit s'opérer entre la déflation par la baisse des salaires et la reflation par l'augmentation du travail, de l'épargne et de la production. Voilà pourquoi ce ne sont pas les dépenses publiques mais les réformes de structure qui peuvent relancer la croissance. (...)

L'Hexagone n'est plus divisé comme dans les années 1960 entre Paris et le désert de la province mais juxtapose des pôles de richesse ouverts sur la mondialisation et des zones d'exclusion: 750 ghettos urbains concentrent ainsi 2,5 millions de personnes vivant des transferts sociaux aux marges de la société comme de l'Etat de droit. (...)

Il ne fait aucun doute que la France ne pourra continuer à emprunter sur les marchés les mêmes volumes aux mêmes prix au cours des prochaines années. Voilà pourquoi il n'existe pas d'alternative à la rigueur"

Le livre : Réveillez-vous ! par Nicolas Baverez, chez Fayard (2012) 

Les banques centrales ne peuvent pas tout

Petit rappel qu'il n'y a pas de miracle ou de "free lunch" en économie, par Robert Lucas, prix Nobel d'économie : 

"it is not within the ability of any central bank to make things work out right in a society that insists that the real resources spent by its government can exceed, on a sustained basis, the resources that government extracts from the private sector via taxes."

Comment réduire le déficit ?

"This paper studies whether fiscal corrections cause large output losses. We find that it matters crucially how the fiscal correction occurs. Adjustments based upon spending cuts are much less costly in terms of output losses than tax-based ones. Spending-based adjustments have been associated with mild and short-lived recessions, in many cases with no recession at all. Tax-based adjustments have been associated with prolonged and deep recessions. The difference cannot be explained by different monetary policies during the two types of adjustments."

http://www.economics.harvard.edu/faculty/alesina/files/Output%2BEffect%2BFiscal%2BConsolidations_Aug%2B2012.pdf

 

Pourquoi l'augmentation du prix du gaz ?

Rappelons que le Conseil d'Etat a invalidé la décision (populiste) du gouvernement Fillon de geler le prix du gaz à la consommation. 

Pourtant, le prix du gaz a plutôt eu tendance à baisser ces dernières années sur les marchés. Comment donc expliquer cette hausse ?

Tout d'abord, il faut savoir que les coûts du gaz pour GDF Suez se sont alourdis avec l'augmentation du cours du pétrole. Tout simplement parce que l'entreprise avait conclu des contrats de long-terme avec ses fournisseurs (hé oui, du fait de l'interdiction de l'exploitation du gaz de schiste, la France n'est pas un grand producteur de gaz). Ces contrats étaient par ailleurs indexés sur le cours du pétrole, qui a augmenté ces dernières années. 

Mais pourquoi des contrats de long-terme indexés sur le cours du pétrole ? Les contrats étaient à long-terme car l'Etat a imposé à GDF la "sécurité d'approvisionnement", ce qui imposait des contrats de long-terme. Il fallait alors spécifier le prix du gaz qui s'imposerait dans ces contrats à une date future.  Malheureusement, le marché du gaz en Europe est insuffisamment développé et pas assez concurrentiel pour que le prix de marché du gaz soit utilisé comme référence. Les prix du gaz et du pétrole ayant historiquement été très corrélés, c'est le prix du pétrole qui a été utilisé dans les contrats.  

Du fait de ces obligations imposées par l'Etat français, GDF-Suez a récemment vu le coût de ses approvisionnements en gaz s'élever, et les Français payent maintenant logiquement la facture.

 

L'Europe et l'Espagne

L'analyse et les recommendations de The Economist : http://www.economist.com/node/21559614?spc=scode&spv=xm&ah=9d7f7ab945510a56fa6d37c30b6f1709

En particulier, le manque de dynamisme européen est illustré par cette statistique édifiante : "Since 1975 the countries now in the euro zone have given birth to just one company currently among the world’s 500 biggest (ironically it is from Spain: Inditex); by contrast California alone has created 26."

L'europe a avant tout besoin de se libéraliser pour permettre aux nouvelles entreprises d'émerger, et d'accepter la destruction créatrice. C'est ainsi qu'un retour à la croissance sera possible.

Le coût de l'incertitude politique

Comme on le voit notamment en ce moment en France, l'emprise du politique sur l'économie est coûteuse si de mauvaises mesures sont prises. Mais elle est également coûteuse pour une autre raison, simplement du fait de l'incertitude qu'elle génère, qui entrave l'analyse coûts-bénéfices et incite les agents économiques à repousser leurs décisions.

Un papier récent estime qu'aux Etats-Unis, la croissance de l'incertitude politique entre 2006 et 2011 a ainsi réduit le PIB de 2,2% et s'est traduit par 2,5 millions d'emplois en moins. Source : http://faculty.chicagobooth.edu/steven.davis/pdf/PolicyUncertainty.pdf

Comme nous l'avions déjà préconisé (par exemple ici : http://www.eclaireco.org/node/237), pour relancer l'économie l'Etat devrait largement se lier les mains, limiter au strict minimum son action discrétionnaire sur l'économie, et s'en remettre aux ajustements automatiques (politique monétaire de la banque centrale, stabilisateurs automatiques, etc.). 

Malheureusement, le politicien qui affirmera que l'économie se porterait mieux si les politiciens avaient moins de pouvoir n'est pas encore né...

Retraites : le parti socialiste contre les mathématiques

"The problem with pensions [retraites] is that they are easy to promise but hard to fund. Politicians have in the past offered fat benefits and low retirement ages to voters. Now the bill is coming due. (...) According to the OECD, the average proportion of public-pension expenditures that is financed by contributions is expected to fall from 88% to 64% by 2060. (...) The obvious answer is that people will have to work longer. (...) Most OECD countries have announced increases in the retirement age (although the new French president, who seems to think the rules of maths don't apply to France, has done the opposite)."

Source : http://www.economist.com/node/21556945

Et notre article sur les retraites, qui fait le point sur la situation en France : www.eclaireco.org/retraites

L'avenir de la recherche en économie

Quatre jeunes économistes donnent leur avis sur l'évolution de la science économique dans les prochaines années. On peut notamment lire : 

"My guess, therefore, is that if one looks back 20 years from now, one will notice that a shift occurred towards studying the basic, big-picture, policy-relevant questions of macroeconomics—e.g., optimal currency areas, bank runs, fads and herding in financial markets, and automatic stabilizers—that have the power to change the course of history. (...) the current crisis will accelerate that development, with models integrating financial frictions that were clearly central to its emergence"

Source : http://bigthink.com/power-games/empirics-and-psychology-eight-of-the-worlds-top-young-economists-discuss-where-their-field-is-going?page=all
 

Les ravages d'une imposition excessive

"La taxation à 75% des revenus supérieurs à un million d'euros n'est pas encore votée, mais elle fait déjà des ravages. Elle fait fuir dirigeants et cadres supérieurs, même ceux qui sont encore loin de gagner une telle somme. (...) Leurs impôts rempliront désormais les caisses d'autres États, leurs dépenses personnelles feront fleurir les économies d'autres pays. (...) «Faire venir un cadre de haut niveau et le baser en France, c'est devenu mission impossible.» (...) J'observe des inquiétudes dans mon entourage, ce sont avant tout mes collaborateurs qui m'interrogent sur leur déménagement à l'étranger"

Source : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/07/22/20002-20120722ARTFIG00164-taxe-a-75-des-societes-delocalisent-deja-leurs-cadres.php

Cette imposition à 75% des hauts revenus n'est pas le premier impôt qui va in fine coûter plus cher à l'Etat qu'il ne lui rapporte (un comble !). L'ISF partage également cette caractéristique, comme l'a montré cette étude de l'Institut Montaigne :  http://www.institutmontaigne.org/supprimer-l-isf-impot-sur-la-fortune-2683.html

Un article essentiel pour comprendre la crise en Grèce

Des dépenses publiques et des impôts en hausse, et une économie en crise... Ca vous rappelle quelque chose ? Ce n'est pas seulement la voie choisie par la France, mais aussi par la Grèce. L'article de Forbes à ce sujet (référencé ci-dessous) est particulièrement instructif. Extraits :

"[Public] Spending [in Greece] is higher in January-May 2012 than it was in the same five months of 2011, 2010, or even 2009. What about tax revenues? Tax rates have been heading consistently higher, but did this produce any extra revenue? Revenues in Jan-May 2012 are in fact a little lower than they were in 2009 and 2010, before the big tax hikes. (...)

We are supposed to believe that the hideous economic contraction in Greece is due to the intolerable decline in government spending. But government spending didn’t actually decline. What caused the economic contraction? (...) Apparently, 6,000 businesses have alreadyrelocated from Greece to neighboring Bulgaria. [Coud it be] because of the increasing tax rates and general environment of chaos and wealth-confiscation in Greece?"

http://www.forbes.com/sites/nathanlewis/2012/07/15/austerity-in-greece-sure-and-theres-snow-in-mykonos-too/

Les effets pervers des impôts

Petit rappel de The Economist : "Economists dislike [taxes] not because they relieve people of their money, but because they distort people’s behaviour. Income taxes discourage work; corporate taxes inhibit enterprise; even consumption taxes obstruct some mutually beneficial exchanges. These lost purchases deprive customers of a deal and shops of a sale, without raising any money for the government. The best taxes impinge little on the decisions people make, or fall on things worth inhibiting [tobacco, carbon emissions, etc.]." Source: http://www.economist.com/node/21558258

Notre article sur le système fiscal optimal : http://www.eclaireco.org/SystemeFiscalOptimal

 

Pourquoi la France emprunte-elle à un taux négatif ?

Pas d'euphorie pour autant, le taux négatif est seulement le taux à court-terme de six mois sur la dette publique, les maturités plus longues étant encore caractérisées par des taux plus "normaux", supérieurs à 2%. 

L'existence d'un taux d'emprunt négatif reflète avant tout la méfiance des épargnants et des investisseurs vis-à-vis du système bancaire. En effet, si on redoute un effondrement des banques, notamment du fait de la crise des dettes souveraines, on a intérêt à ne pas laisser d'argent sur son compte bancaire, quitte à le placer à un taux légèrement négatif... N'oublions pas que l'assurance des dépôts est plafonnée dans de nombreux pays, y compris en France.

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