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Copenhague : le coût de l'action

Alors que le gouvernement français s'évertue à rendre possible un accord international sur la réduction des gaz à effet de serre, on peut se demander s'il est pertinent d'agir maintenant.

Nous faisons plus largement le tour de la question dans notre article sur le réchauffement climatique : www.EclairEco.org/fr/RechauffementClimatique. Aux arguments que nous évoquions dans cet article, s'en sont ajoutés deux qui laissent penser que le timing du sommet est plutôt mauvais.

Tout d'abord, la crise économique a restreint les marges de manoeuvre des Etats. Non seulement les Etats n'ont plus d'argent, mais en plus de nombreux problèmes sont apparus ou ont empiré (chômage, croissance économique, retraites, etc.). La prise de conscience des populations sur la nécessité de ne pas gaspiller l'énergie est une chose, l'investissement de l'argent public en est une autre. Surtout si ce n'est pas nécessairement à bon escient.

Justement, le climategate (on en parle deux posts de blog plus bas) a largement discrédité la vision alarmiste de certains scientifiques, et a démonté les fondations du pseudo-consensus qui régnait à ce sujet, lequel a notamment été forgé à l'aide de censure, d'intimidation, de mensonges et d'omissions. Depuis quelques années, une véritable industrie (les entreprises d'énergies renouvelables, les entreprises de recyclage, les producteurs agricoles de bio-carburants, les constructeurs de vélos ou de voitures peu polluantes, des armées de chercheurs, de journalistes et de consultants, etc.) vit des peurs du réchauffement climatique et fait donc tout pour les alimenter. Les politiques y trouvent aussi leur compte, puisque la lutte contre le réchauffement climatique impliquerait vraisemblablement la création de nouvelles taxes, très utiles ces temps-ci pour renflouer des finances publiques exsangues. Attention donc à une collusion entre ces intérêts particuliers qui se ferait au nom de l'intérêt général en invoquant la nécessité de "sauver notre planète".

Cela dit, que faire si l'on décide cependant d'agir ? Comme nous l'expliquions ici, une taxe carbone (en contrepartie d'une diminution de l'imposition sur l'activité économique) est de loin préférable à des régulations, un engagement à réduire les émissions, ou un système de cap-and-trade. Cette position est également défendue là : http://gregmankiw.blogspot.com/2009/12/pigou-club-goes-to-senate.html.

Malheureusement, les gouvernements penchent pour des engagements à réduire les émissions. Ceux-ci souffrent de deux défauts. Premièrement, ils ne prennent pas en compte les coûts et bénéfices liés à l'émission d'une unité de CO2 supplémentaire, et ils ne s'adaptent pas aux circonstances futures qui sont par définition encore inconnues. Deuxièmement, il ne s'agit que de mots, du cheap talk. Comment chaque pays fera-t-il confiance aux autres ? Du pacte de stabilité européen à Kyoto, les accords internationaux sont presque systématiquement bafoués. Parfois à raison, parfois à tort. Mais cela leur confère clairement peu de valeur, du sorte qu'on se demande pourquoi ils semblent privilégiés à Copenhague. Peut-être justement parce que les politiciens ne souhaitent pas prendre de mesures contraignantes et irréversibles, mais veulent néanmoins être perçus par leur électorat comme oeuvrant "pour la planète". Faut-il s'en réjouir ? Si l'on considère qu'un accord bidon est préférable à un accord à la con, ce n'est peut-être pas une si mauvaise nouvelle !