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Un article d'Eclairages Economiques

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Le travail

Les taux d’activité des jeunes et des personnes âgées ont décliné depuis 30 ans. Non contente d’être le pays dans lequel on travaille le moins par semaine, la France est aussi le pays qui emploie le moins sa population. Malgré l’allongement de l’espérance de vie et l’amélioration de la santé, un Français travaillait 25% de plus au cours de sa vie en 1975. Sans surprise, le manque de travail est la source principale de la faible croissance de la production, et donc du faible pouvoir d’achat.

      Source : INSEE.

Rappelons que dans la définition de l’INSEE, les chômeurs sont comptabilisés comme « actifs ».

Les taux d’activité masculins et féminins ont suivi des trajectoires différentes sur les trente dernières années. Tandis que le taux d’activité féminin a régulièrement crû pour se rapprocher de celui des hommes, les taux d’activité masculins ont chuté dans toutes les tranches d’âge. Ce n’est pas dû à l’essor du chômage : rappelons que les chômeurs sont inclus dans les « actifs ». La décroissance du taux d’activité des jeunes est, il est vrai, expliquée par l’allongement de la durée des études. Plus préoccupante est la légère baisse du taux d’activité des hommes de 25 à 49 ans, et surtout la forte décroissance du taux d’activité des plus de 50 ans, malgré la plus longue espérance de vie, l’amélioration de la condition physique à 50-60 ans, l’entrée plus tardive dans la vie active, et des emplois physiquement moins exigeants qu’auparavant.

Quid des autres pays développés ?

                  Source : OCDE.

Le graphique ci-dessus montre que la France est l’un des pays où l’inactivité est la plus développée. Ce n’est pas uniquement dû à sa structure démographique. Ainsi, si l’on considère uniquement la population en âge de travailler, la France a un taux d’emploi [1] de 62,8%, soit dix points de pourcentage de moins que le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou la Suède.

Les deux graphes ci-dessous poursuivent cette comparaison internationale, avec la répartition du taux d’emploi par tranche d’âge, et son évolution par rapport au pays du G7 (Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Royaume-Uni, Etats-Unis).

Source: OCDE.

Alors que l’emploi des jeunes, en 30 ans, s’est maintenu au même niveau au sein du G7, il s’est effondré en France de près de moitié. Pour les plus de 55 ans, le déclin est de 10 points, alors que la stabilité prévaut dans le G7.

La France compte donc beaucoup moins de travailleurs par rapport à sa population que la plupart des autres pays de l’OCDE. Certaines classes d’âge sont particulièrement touchées.

Qu’en est-il des heures travaillées – pour ceux qui travaillent ?

Certes, dans la plupart des pays, la durée annuelle du travail a été réduite depuis 30 ans, mais la France est sans aucun doute un des pays dans lequel la chute a été la plus spectaculaire. Seuls les Néerlandais travaillent moins, du fait du large développement du temps partiel dans ce pays.

Source : OCDE.

Conséquence : selon une étude récente (2012) de Rexecode, la durée effective du travail des salariés en France est quasiment la plus faible au monde (en revanche, les travailleurs non-salariés travaillent beaucoup). En Europe, il n'y a qu'en Finlande qu'un employé travaille moins qu'en France :

 

Source: COE-Rexecode. Le lien vers l'étude complète avec le graphique sur lequel figurent tous les pays : http://www.coe-rexecode.fr/public/Analyses-et-previsions/Documents-de-travail/La-duree-effective-du-travail-en-France-est-une-des-plus-faibles-d-Europe

Pour résumer, non seulement peu de Français travaillent, mais par ailleurs ceux qui ont un emploi travaillent peu : de moins en moins, et beaucoup moins que dans les autres pays de l’OCDE.

En combinant ces deux facteurs pour calculer le nombre d’heures travaillées au cours d’une vie par un Français moyen, on observe une chute spectaculaire et continue :

Source : calculs des auteurs à partir de données de l’OCDE (heures travaillées) et de l’INSEE (taux d’activité).

Il faut noter qu’en parallèle, l’espérance de vie est passée de 73 ans en 1975 à 80 ans pour les hommes. La période pendant laquelle un salarié va toucher sa retraite est donc passée, en moyenne, de 8 ans à 20 ans.

Un travailleur français fait 85% du nombre moyen d’heures d’un travailleur aux Etats-Unis.[2]  Lorsque ce temps de travail moindre est conjugué avec un faible taux d’activité, l’écart se creuse. Ainsi, les Britanniques et les Américains travaillent respectivement 37% et 42% de plus que les Français au cours de leur vie. C’est-à-dire qu’ils travaillent respectivement 12 et 13 ans de plus que les Français (par rapport au temps de travail annuel moyen français).[3] C’est la principale raison de l’écart de richesse et de pouvoir d’achat entre nos pays. Aujourd’hui, alors que les Français se sentent étranglés par la stagnation de leur pouvoir d’achat, une solution évidente s’impose : travailler plus !


        Sources : UBS, Datastream.

On constate sur ce graphe l’impact considérable de la réduction du temps de travail sur la croissance moyenne du PIB entre 1995 et 2005. la France s'est marginalisée et surtout pénalisée elle-même. Sans une telle politique, la France aurait pu générer une croissance moyenne parmi les plus élevées d’Europe.

Le facteur travail explique l’essentiel de la différence de richesse entre la France et les Etats-Unis.[4]

Différentiel vis-à-vis USA
Ecart de productivité horaire
Heures travaillées
Chômage
Taux d’activité
Population âgée de 15 à 64 ans
Ecart de PIB par habitant
France
-2%
-11%
-6%
-11%
2%
-28%
Japon
-25%
0%
0%
0%
-2%
-27%

 

L’écart de PIB par habitant entre la France et les Etats-Unis (28% au détriment de la France) s’explique par deux facteurs principaux :
- Les heures travaillées : 11% de différence entre France et Etats-Unis ;
- Le taux d’activité, égal au ratio ‘population active/population âgée de 15 à 64 ans’ : 11% de différence entre France et Etats-Unis ;

Les différences observées entre la France et les Etats-Unis sur le taux d’activité ne proviennent ni des femmes ni des travailleurs de 25 à 54 ans mais
- Des jeunes : taux d’activité des 15-24 ans aux Etats-Unis : 66% contre 29% en France (48% en zone euro et 47% au Japon) ;
- Des 55-64 ans (taux d’activité des 55-64 ans aux Etats-Unis : 59% contre 37% en France (41% en zone euro et 66% au Japon).[5]

Il n’y a pas de miracle : lorsque la production ne progresse pas, le pouvoir d’achat stagne. La production résulte de la quantité de facteurs de production engagés, et de leur productivité. Si la productivité du travail française est très satisfaisante, la quantité de travail fournie est largement insuffisante, pour trois raisons : une durée hebdomadaire du travail trop courte, un taux d’activité très faible parmi les 15-65 ans, un taux de chômage excessif. La fiche sur Le pouvoir d’achat montre qu’il faut choisir entre gagner plus et travailler moins.

Peut-on augmenter le temps de travail ? Notons qu’il n’y qu’en France et en Belgique qu’une durée légale du travail est inscrite dans la loi. Les autres pays ont recours aux conventions collectives. Supprimer cette exception française ne serait donc pas aberrant. En outre, un sondage récent[6] indique que 56% des Français estiment qu’on ne travaille pas assez en France. Cette position est plus marquée chez les hommes (59%), les cadres (59%), les salariés d'une entreprise privée, (59%), les retraités (67%). Dans une réelle démocratie, comment une mesure à la fois économiquement souhaitable et approuvée par une vaste majorité de la population peut-elle être impossible à mettre en œuvre ? Sans doute le pouvoir de syndicats non-représentatifs[7]   qui défendent les intérêts de leurs adhérents joue-t-il un rôle... En attendant une véritable réforme.

Bruno Lannes, Pierre Pâris

Pour en savoir plus : http://gregmankiw.blogspot.com/2010/01/rise-of-european-leisure.html Cet article fait le point sur les hypothèses qui expliquent que les Européens travaillent moins que les Américains : les premiers sont plus taxés et donc ils bénéficient moins des fruits de leur labeur, ils sont obligés de prendre de longues vacances du fait des accords conclus par les syndicats, et ils pourraient avoir une préférence pour le loisir plutôt que la consommation (laquelle est financée par le travail) plus prononcée qu'aux Etats-Unis.  

Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau.

 

[1] Tel que défini par l’OCDE, c’est-à-dire la proportion de la population en âge de travailler ayant un emploi. Les statistiques utilisées par la suite proviennent de l’OCDE, pour 2003.
[2] Source : FMI, Survey France. Selon l’INSEE, 20,9% de la population active française travaille moins de 30 heures par semaine (en 2004).
[3] Source : calculs des auteurs à partir des données de l’OCDE.
[4]« D’où viennent les écarts de richesse par habitant entre les Etats-Unis, la zone euro, la France et le Japon ? », Direction de la Prévision et de l’Analyse économique (Ministère de l’économie et des finances), n°9, septembre 2003.
[5] Le différentiel de PIB en euros par habitant entre la France et le Royaume-Uni s’explique également par le taux de chômage et le taux de participation au marché du travail. (INSEE, « les statistiques de PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat, une analyse des résultats », document de travail, février 2002).
[6] Sondage TNS-Sofres, avril 2005.
[7] Selon la DARES, seuls 5,2% des salariés hors secteur public appartiennent à un syndicat en 2003.

 

 

 

 

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