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Un article d'Eclairages Economiques

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Quelle direction pour l'économie américaine?

Quelle politique économique mener aux Etats-Unis ? Selon les économistes de Goldman Sachs, un stimulus fiscal de 500 milliards de dollars serait requis pour compenser la baisse de la demande des entreprises et des ménages américains. Le magazine The Economist estime qu’un tel coup de pouce fiscal amènerait le déficit public 2009 à 1000 milliards de dollars. Enfin, le futur Président Barack Obama a récemment annoncé qu’il envisageait d’augmenter les dépenses publiques de 700 milliards de dollars pour faire face à la conjoncture.  

Ce serait une erreur. De telles mesures entretiennent le manque d’épargne et l’excès de consommation des américains, qui est à l’origine non seulement de la crise financière actuelle, mais également des déséquilibres commerciaux mondiaux. Cette politique, qui répond à l’urgence et néglige l’important, retarde les indispensables et douloureux ajustements. Les déséquilibres s’accentuent au lieu de se résorber. On voit déjà se profiler la situation de l’économie américaine dans un futur proche : avec un chômage conséquent, une croissance économique en forte baisse, des déficits publics et extérieurs qui s’aggravent, et un endettement excessif (public et privé) persistant. Certains économistes continuent à se fier à la capacité de consommation toujours croissante du consommateur américain, tirée par l’endettement si besoin est, sans réaliser que certaines tendance insoutenables doivent s’achever tôt ou tard. Le réveil sera rude, mais la politique de l’autruche doit avoir une fin.

Quelle est donc la marche à suivre ? Dans le contexte actuel, il n’existe évidemment pas de remède miracle. Nous pouvons néanmoins préconiser, tout en réalisant que c’est plus facile à dire qu’à mettre en place, une baisse des salaires réels. Outre-Atlantique, ceux-ci ont largement augmenté ces dernières années. Qui plus est, ils reposaient sur l’hypothèse d’une productivité élevée, qui elle-même dépendait de la persistance du dynamisme économique et des déséquilibres qui le facilitaient. Maintenant que la fête est finie, il est inévitable que la productivité effective de nombreux travailleurs chute. Dans ces conditions, soit les entreprises ajustent les quantités – avec une hausse du chômage – soit elles ajustent les prix – avec une baisse du salaire réel. La deuxième option est préférable. D’une part, elle maintient le potentiel productif du pays, et évite donc un scenario keynésien de chute conjointe et auto-entretenue de la demande effective et de la production. D’autre part, elle ne se traduit pas par une forte hausse des déficits publics et extérieurs. Enfin, elle tempère la hausse du chômage et de la misère sociale qui s’ensuit.

Remarquons pour finir que cette baisse (ou tout au moins faible progression) des salaires réels peut être obtenue via une hausse modérée de l’inflation, notamment si les salaires nominaux sont rigides à la baisse. Or cette hausse de l’inflation résoudrait également partiellement les problèmes de l’endettement privé et public américain, en diminuant la valeur réelle des dettes et donc le fardeau qu’elles représentent (n’oublions pas que toutes les dettes américaines sont en dollars). Sans oublier que la conjoncture impose déjà un niveau très faible des taux d’intérêt directeurs. Une hausse temporaire de l’inflation américaine dans le moyen-terme est donc tout à fait plausible, voire souhaitable. Puisque le niveau faible des taux d’intérêt directeurs de la Fed ne sera vraisemblablement pas suffisant, il faudra imprimer des dollars et augmenter temporairement la base monétaire. Tout l’intérêt consistera alors à contrôler les anticipations d’inflation, afin que les Etats-Unis ne tombent pas dans une spirale hyper-inflationniste…  
 
Un tel scénario s'accompagnerait évidemment d'une chute du dollar, d'une liquidation des actifs libellés en dollars par les investisseurs étrangers, et d'une augmentation induite des taux d'intérêts à payer sur les actifs en dollars - ce qui poserait des problèmes de financement considérables pour les entreprises, les ménages et l'Etat américain (une solution consisterait à émettre des actifs dont le rendement est indexé sur l'inflation, mais on peut douter que cela soit suffisant).  Sans compter que cela déstabiliserait profondément les marchés. D'autant plus qu'en temps de turbulences financières, les investisseurs s'en remettent traditionnellement aux T-bills, les bonds du Trésor américain. Si même cet îlot de calme sombre sous les vagues de la crise, on peut s'attendre à une panique monumentale...

Pierre Chaigneau

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