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Un article d'Eclairages Economiques

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Q&A: une vision économique et sans tabou de l'immigration

Les immigrés prennent-ils les emplois des Français ?

NON.[1] Cette croyance repose sur ce qu’on appelle la « lump of labor fallacy », ou l’idée fausse selon laquelle il existe une quantité fixe d’emplois disponibles. Ironiquement, cette idée fausse semble être partagée autant par Martine Aubry (qui a justifié l’instauration des 35 heures avec un raisonnement similaire) que par le Front National.

L’immigration a-t-elle un impact sur les salaires ?

OUI. L’immigration peut changer l’échelle des salaires. En effet, si la structure d’emplois des immigrés diffère de la structure d’emplois de la population, alors les salaires relatifs des emplois davantage occupés par les immigrés diminuent. Par exemple, si la plupart des immigrés sont peu qualifiés, alors les salaires associés aux emplois peu qualifiés vont avoir tendance à diminuer relativement aux hauts salaires. Ensuite, cela augmente les inégalités, et favorise une spécialisation internationale bas de gamme de la France. Cela dit, l’ampleur précise de l’impact sur l’échelle des salaires est difficile à mesurer. Les études empiriques tendent à conclure qu’il est modéré.

Au contraire, si la plupart des immigrés étaient des travailleurs hautement qualifiés, on observerait une pression à la baisse sur les hauts salaires. Cela diminuerait les inégalités, et favoriserait une spécialisation haut de gamme de la France. Malheureusement, notre pays privilégie encore une immigration peu qualifiée.

L'immigration augmente-elle le chômage ?

OUI, MAIS A CAUSE DU SMIC. Etant donnée la structure d’immigration peu qualifiée de la France, les bas salaires devraient s’ajuster à la baisse pour éliminer le chômage involontaire. Mais l’existence d’un SMIC élevé empêche cet ajustement par les prix. Il s’ensuit un ajustement par les quantités, aussi appelé rationnement, dans lequel une partie de la population se retrouve au chômage. L’arrivée massive d’immigrés peu qualifiés réduit la probabilité qu’un travailleur peu qualifié obtienne un emploi. En ce sens, les Français peu qualifiés font aussi les frais de la concurrence exercée par d’autres travailleurs peu qualifiés sur le marché du travail.

La suppression du SMIC éliminerait cet effet pervers de l’immigration peu qualifiée. Alternativement, si l’on veut maintenir le SMIC, il faut cesser d’importer des travailleurs peu qualifiés.

Les employeurs discriminent-ils contre les immigrés ?

CE N’EST PAS DANS LEUR INTERET. Il est possible que certains employeurs aient un biais raciste, et refusent d’embaucher des immigrés d’une certaine couleur, ou les payent moins que les autres travailleurs. Pourtant, il suffit qu’un nombre suffisant d’employeurs n’aient pas de tel biais pour que les immigrés aillent travailler pour ces employeurs, pour le salaire qu’ils méritent (selon leur productivité). Milton Friedman et Gary Becker ont ainsi montré que si les entreprises sont en concurrence entre elles, alors elles ont intérêt à employer les catégories de la population qui reçoivent un salaire plus faible que justifié par leur productivité. Les firmes qui n’affichent pas de biais peuvent embaucher les immigrés à moindre coût, et réaliser davantage de profits. En définitive, dans la mesure où les firmes poursuivent le profit, il n’est dans l’intérêt d’aucune d’entre elles d’avoir un biais raciste.

Bien sûr, dans la mesure où la productivité moyenne des immigrés diffère de la productivité moyenne des Français, le salaire moyen payé aux immigrés sera différent du salaire moyen payé aux Français, sans que cela ne reflète en aucune façon un racisme sous-jacent.

Pour conclure, la concurrence et la poursuite du profit font en sorte que les employeurs ne discriminent pas contre les employés. Si l’on veut améliorer le sort des immigrés sur le marché du travail, il faut donc augmenter la concurrence et encourager la recherche du profit.

L’immigration est-elle la solution au problème des retraites ?

NON. Comme expliqué dans la fiche sur L’immigration solution, l’immigration telle qu’elle est pratiquée à présent par la France aggrave plutôt qu’elle ne résout le problème des retraites. D’une part, la France a besoin de travailleurs très qualifiés. L’immigration actuelle, qui adopte une perspective de regroupement familial et privilégie les anciennes colonies pour des raisons non-économiques, est contre-productive. D’autre part, un système de retraites par capitalisation permet de se libérer des contraintes de la pyramide des âges française, et de bénéficier des avantage de la pyramide des âges mondiale.

Pierre Chaigneau

Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau.

[1] Tant que les ajustements de marché peuvent fonctionner, ce qui n’est pas garanti – voir la réponse à la troisième question.

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