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Un article d'Eclairages Economiques

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Les mutations de la crise actuelle

Tout avait pourtant si gentiment commencé… Par une crise financière menée par l’immobilier américain, avec des pertes somme toute limitées, comme nous l’expliquions dans la newsletter de janvier. Une aide ciblée vers les banques (mais pas vers leurs actionnaires ou leurs employés) aurait permis de faire face et de tourner la page assez rapidement.

Malheureusement, cette crise a précipité une correction brutale des déséquilibres macroéconomiques et commerciaux internationaux. C’est une accumulation d’excès sur plus d’une décennie qui est maintenant purgée à grand frais. En particulier, les Etats-Unis consommaient trop par rapport à leur capacité productive (notamment du fait de taux d'intérêt trop bas), et les pays émergents tels que la Chine pas assez (notamment du fait de l'absence de systèmes de mutualisation des risques, qui génère une forte épargne de précaution ; mais aussi parce que ces pays construisaient un trésor de guerre sous forme de réserves de changes pour se protéger d'une crise financière).

La sortie de cette crise passe donc par l’élimination de ces déséquilibres. C’est pourquoi les Etats-Unis doivent booster leurs exportations, pas leur consommation. Ils doivent travailler, investir et épargner davantage – c’est également vrai du fait du financement des retraites. Les salaires réels outre-Atlantique doivent baisser pour renforcer la compétitivité des entreprises et faire en sorte que l’ajustement ne prenne pas la forme d’une hausse du chômage. En ce sens, les Etats-Unis ne sont pas aidés par le maintien du dollar, dont la valeur est soutenue par son statut de devise de réserve sûre.

Cela dit, une baisse des prix interne (déflation) découragerait l’investissement productif de l’épargne. C’est pourquoi la meilleure solution passe par une hausse contenue de l’inflation, laquelle réduirait la valeur réelle des dettes et des salaires. Elle pénaliserait fortement l’épargne improductive (placer ses économies sous le matelas), et inciterait donc les ménages à investir dans l’économie.

Alors que les taux de la Fed ne peuvent plus guère baisser, comment procéder pour relancer l’inflation ? Afin de compenser la baisse normale du crédit (en effet, les entreprises comme les ménages doivent se désendetter) et donc de la création monétaire, le financement temporaire de la dette publique par utilisation de la planche à billets semble approprié. La relance de l’inflation s’accompagnerait bien entendu d’une remontée des taux nominaux de la Fed.

Les politiciens américains ne semblent pas à la hauteur.

Premièrement, ils entreprennent des dépenses superflues et peu efficaces, sous prétexte de créer des emplois. Sauf que de telles actions ne créent pas de la richesse, et constituent souvent au contraire un gâchis de ressources productives. Mais « créer des emplois » est la principale justification du « stimulus package » de la nouvelle administration, lequel entretient les déséquilibres à l’origine de la crise actuelle. Deuxièmement, les politiciens au pouvoir sont tentés de réguler l’économie. Le dernier exemple en date est le « pay cap » de Barack Obama, qui interdit aux banques de payer leurs dirigeants plus de 500 000 dollars. Cette mesure populiste handicapera les banques, les empêchera de recruter, retenir et motiver efficacement les managers dont elles ont besoin. Elle sera bien entendue contournée à grands frais d’avocats, et générera des plans de rémunération extrêmement complexes et opaques qui ne manqueront pas de comporter des incitations perverses. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres… Troisièmement, les réactions protectionnistes se font déjà sentir. Alors que la crise frappe, l’éthique du « chacun pour soi » séduit. Ainsi, Barack Obama a demandé à son pays « d’acheter américain », ce qui a failli déclencher une guerre commerciale avec l’Europe. Gageons que la prochaine fois sera la bonne… Quatrièmement, des mesures de sauvetage mal conçues gonflent dangereusement les dettes publiques dans de nombreux pays, au moment même où les investisseurs examinent la soutenabilité des engagements massifs des Etats. Enfin, les politiciens utilisent le prétexte de la crise pour accroître leur mainmise sur l’économie, et réduire son dynamisme.

Pour ne rien arranger, cette crise a également accru la probabilité de mouvements de protestation et de crises géopolitiques. Elle dégénère... mais il est désormais faux de dire qu'il s'agit avant tout d'une crise financière.

Pierre Chaigneau

 

 

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