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Un article d'Eclairages Economiques

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La Bourse en 2010: les actions oui, les obligations non, et attention à l'euro

Alors que la fin de l'année approche, nous nous livrons à l'exercice délicat de prévision boursière. Quelles sont les opportunités d'investissement pour 2010 ? Quels sont les dangers ?

Dans les pays développés, la plupart des entreprises ont des situations financières plutôt saines, celle des ménages s'améliore, et les banques ont reconstitué leur capital. Reste les Etats. Ces derniers ne cessent de s'endetter, de lancer de nouveaux programmes de dépenses et d'augmenter les déficits sans mesures de moyen-terme crédibles pour les réduire.

La dette publique des pays développés est donc un mauvais investissement pour 2010. La situation de la Grèce ne cesse ainsi de se dégrader, comme nous l'avions vu venir dans ce post de blog. Ses difficultés pourraient bien préfigurer celles auxquelles seront confrontés de plus gros Etats prochainement, surtout si la perte de confiance envers la capacité des Etats à honorer leurs dettes se révèle contagieuse (nous étudions le cas de la dette publique française dans cet article).

Les investisseurs risquent donc de rechigner à refinancer les dettes publiques, lesquelles représentent en moyenne 80% du PIB dans les pays développés, contre la moitié environ dans les pays émergents. Cela augmenterait les taux d'intérêt que les Etats ont à payer sur leurs nouvelles émissions, et ferait chuter les prix des titres de dette côtés. Les grands défauts ne sont peut-être pas pour 2010, mais ce n'est pas la peine de jouer avec le feu pour autant, surtout que le potentiel haussier est très limité pour ne pas dire inexistant. Attention donc aux titres de dette publique. Attention aussi à tous les produits financiers à revenu fixe ou garanti, vendus par les banques et autres intermédiaires financiers, qui pour la plupart reposent sur l'hypothèse que la dette publique est sans risque...

Par ailleurs, les titres à revenus fixes tels que les obligations voient leur rendement réel fortement dégradé par l'inflation, qui pourrait bien faire son retour à moyen-terme, comme on l'explique ici: www.EclairEco.org/fr/inflation.

Compte tenu de ces doutes, les investisseurs pourraient fort bien se tourner vers les actions, l'immobilier, et les investissements alternatifs en 2010.

Les marchés actions devraient ainsi bénéficier d'un rétablissement de la situation économique et de cours encore historiquement bas (en France en tout cas), mais aussi et surtout de flux de capitaux qui cherchent à se réinvestir hors des titres de dette. Comme on l'a vu et expliqué dans ce post de blog, les rendements des actions et des obligations varient maintenant en sens inverse, alors qu'ils suivaient des évolutions parallèles dans les années 1990. Attention cependant aux titres des banques, qui pourraient souffrir de mesures populistes de l'Etat à leur encontre.

Une nouvelle envolée des cours du pétrole n'est pas non plus à exclure. Tout d'abord, le prix du pétrole a retrouvé un niveau plutôt faible, à environ 70 dollars le baril, alors qu'il avait dépassé les 140 dollars le baril il y a seulement 18 mois. Ensuite, un investissement en pétrole est bullish sur la croissance mondiale, notamment celle des pays émergents. Or Goldman Sachs prévoit une croissance de la Chine à plus de 10% en 2010. Un investissement en pétrole est également une bonne couverture contre l'inflation et un effondrement possible du dollar. Enfin, le cours du pétrole augmenterait dans le cas de tensions renaissantes au Moyen-Orient, ce qui est fort probable du fait du problème iranien. Attention cependant aux actions des compagnies pétrolières, lesquelles pourraient faire les frais d'une "taxe d'aubaine" (windfall tax) supplémentaire en cas de flambée du cours du pétrole. En revanche, les compagnies énergétiques devraient bénéficier du renchérissement de l'énergie. Nous reviendrons sur ce thème très prochainement.

Concernant les taux de change des devises, le dollar américain et la livre sterling sont toujours vulnérables aux effets du quantitative easing (imprimer de la monnaie pour financer le déficit public) entrepris respectivement par la Fed et la Bank of England. Quant à lui, l'euro est vulnérable du fait de la Grèce, et d'autres membres tels l'Irlande, l'Italie, et l'Espagne, qui pourraient avoir prochainement des difficultés à (re)financer leur dette publique toujours croissante. De deux choses l'une. Soit la Grèce sera sauvée par ses voisins. Cela nécessiterait la création monétaire ou l'aggravation des déficits publics des pays sauveteurs, sans compter que cela encouragerait aux dépenses publiques toujours plus extravagantes et à l'irresponsabilité budgétaire dans la zone euro. L'euro s'en trouverait affaiblit. Soit la Grèce n'est pas secourue. Dans un tel cas, la peur de la contagion et la prise de conscience des investisseurs leur feraient fuir l'euro et liquider leurs titres de dette publique des pays de la zone euro. De plus, on craindrait un éclatement de la zone euro. Dans ce cas également, l'euro s'en trouverait affaibli.

Les devises à privilégier en 2010 sont celles des pays économiquement et politiquement stables qui font également preuve de prudence dans la gestion de leurs finances publiques. On pense au franc suisse, au dollar canadien et au dollar australien.  

Pour résumer, il semble adéquat de liquider les positions en dette publique, et d'investir en actions voire en investissements alternatifs à la place.

Enfin, signalons un très bon éditorial de The Economist sur l'année à venir: http://www.economist.com/opinion/displayStory.cfm?story_id=15127608&source=hptextfeature

Pierre Chaigneau 

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