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Un article d'Eclairages Economiques

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Les déficits publics

Le déficit public, normalement un mécanisme d’ajustement conjoncturel, est devenu structurel et permanent. L’Etat dépense 20% de plus que ses recettes. Il diffère le financement des dépenses publiques actuelles aux générations futures.

Les dépenses non financées par des recettes de l’Etat (essentiellement cotisations sociales et impôts) créent un déficit public, qui doit être financé par emprunt. Normalement exceptionnel, ce déficit est cependant devenu un trait permanent de nos finances publiques depuis 30 ans. Le premier graphique ci-dessous représente le déficit public (un déficit public négatif est un surplus) combiné de l’administration centrale, des collectivités locales et de la Sécurité Sociale, selon les données de l’INSEE.

Si le déficit de l’Etat central est le premier responsable du déficit public et de sa dérive sur la période, il importe d’insister par ailleurs sur la dégradation inexorable des comptes de la sécurité sociale.

Mais rapporter le déficit au PIB n’a pas de sens lorsque l’on considère la gestion de l’Etat. Au contraire, rapporter le déficit aux recettes de l’Etat montre dans quelle mesure il dépense plus qu’il ne prélève.

Source: INSEE. 

Le déficit est ici calculé en divisant chaque année le besoin de financement de l’Etat (recettes moins dépenses) par le total des recettes. En 2003, l’Etat aurait dû augmenter ses recettes de plus de 21% pour avoir un budget équilibré. Ce qui est moins rassurant qu’un déficit public de 3% du PIB… Ces excès répétés s’accumulent, et posent désormais la question de la solvabilité même de l’Etat français, comme expliqué dans la fiche sur La dette publique.

Ce n'est pas le seul inconvénient des déficits publics. Ceux-ci doivent en effet être financés, ce qui prive mécaniquement les entreprises de capitaux. C'est le fameux effet d'éviction. Prédit en théorie, il se vérifie en pratique.[1] Ainsi, des déficits publics conséquents élèvent le taux d'intérêt de long-terme d'au moins 1%, ce qui rend d'autant plus difficile le financement de projets d'entreprises, ou même la création d'entreprises. 

En principe, la méthode de financement des dépenses publiques n’importe pas. Comme le souligne l’économiste Barro[2], seul le niveau de dépenses publiques importe, puisque les dépenses non financées maintenant le seront plus tard (ce résultat est connu sous le nom de théorème d'équivalence Ricardo-Barro). Sous certaines conditions, il est équivalent que les dépenses publiques soient financées par émission de dette publique et endettement, ou par l’impôt. Cette indifférence naît de la possibilité qu’ont les contribuables d’épargner aujourd’hui pour faire face aux prélèvements obligatoires futurs plus conséquents que l’existence d’une dette publique occasionnera nécessairement.   
 
Cette analyse, contraire à la théorie keynésienne, tend à être confirmée par les faits
[3]. La principale critique théorique lui étant adressée tient à l’arrivée de nouvelles générations, qui paieront également les impôts supplémentaires engendrés par les dépenses publiques d’hier, sans pour autant avoir pu épargner auparavant pour y faire face. Dans la mesure où les individus ne font pas preuve d’altruisme intergénérationnel, il peut effectivement être optimal pour les générations présentes de créer une dette publique monumentale, puisque celle-ci sera payée par les générations futures. Il s’agirait tout bonnement de sacrifier les futurs français pour financer notre bien être présent. Nos enfants paieraient nos dépenses… Moralement parlant, cette position n’est pas tenable.

Durant l'été 1789, Thomas Jefferson faisait depuis Paris part à James Madison de son étonnement quant au manque d'attention apporté au fait qu'une génération d'hommes a le droit d'asservir la suivante... Il faisait bien sûr référence aux dépenses incontrôlées des gouvernements. Plus ça change...

Bruno Lannes, Pierre Pâris

Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau.

Pour en savoir plus :





[1] Budget deficits, national saving, and interest rates, 2004. http://www.brookings.edu/views/Papers/20040910orszaggale.pdf  
[2] Are government bonds net wealth, Journal of Political Economy, 1974, et On the determination of the public debt, Journal of Political Economy, 1979.
[3] Voir notamment Economic Outlook n°76, OECD 2004 ou encore Barro (1987), Government Spending, Interest Rates, Prices, and Budget Deficits in the United Kingdom, 1701-1918, Journal of Monetary Economics.

 

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