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Un article d'Eclairages Economiques

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Le cours du pétrole

L’offre de pétrole, qui détermine son prix actuel, est fonction des anticipations de variations futures du cours de l’or noir. A présent, les pays producteurs ne répondent pas à l’augmentation structurelle de la demande, ce qui crée une bulle auto-entretenue… pour un temps. 

Comme l'explique très clairement Martin Feldstein, Président du NBER et Professeur d'économie à Harvard dans un article récent du Wall Street Journal (http://www.nber.org/feldstein/wsj07012008.html) , les cours actuels du brut sont déterminés par les anticipations de croissance future de son prix.   

Le cours du pétrole, comme celui des autres matières premières, s’établit chaque jour sur un marché. C’est le prix qui égalise l’offre des producteurs à la demande des consommateurs. Les traders opèrent sur un autre marché, celui des futures, sur lequel ils achètent ou vendent des contrats à terme, typiquement avec « cash settlement » (par opposition à livraison de la marchandise). Ces contrats spécifient aujourd’hui le prix d’un baril de pétrole à une date future. Ils sont utilisés par les acteurs de l’industrie pétrolière pour se couvrir contre les variations imprévisibles de cours, et connaître dès aujourd’hui le prix d’une transaction future. Par construction, pour chaque vendeur de futures, il y a un acheteur ; c’est-à-dire que la position nette agrégée est nulle. 

Ce qui distingue le pétrole des bien périssables tels que le blé, c'est qu'il peut être conservé – stocké – dans le sol. Comment le propriétaire de ce pétrole détermine-t-il s’il préfère le conserver, ou s’il préfère l’extraire pour le vendre immédiatement ? Nonobstant son aversion au risque, il n’extrait pas le pétrole s’il anticipe une hausse future des cours supérieure au taux d’intérêt auquel il pourrait investir les recettes issues de la vente immédiate de son produit. En effet, considérons ses deux alternatives. Soit il extrait le pétrole aujourd’hui, et investit les recettes pour une période au taux d’intérêt en vigueur. Soit il n’extrait et vend le pétrole que dans une période. Il va opter pour la méthode qui lui rapporte le plus dans une période. 

Imaginons une hausse future anticipée des cours supérieure au taux d’intérêt. Alors les détenteurs de pétrole le conservent. Cela créé une pénurie sur le marché, ce qui augmente le cours du brut jusqu’à ce que la hausse future anticipée des cours soit égale au taux d’intérêt – ajusté d’une prime de risque.


Source: INSEE conjoncture, juillet 2008.

Supposons maintenant un choc aux anticipations de demande pour le pétrole, par exemple dû aux révisions à la hausse des besoins énergétiques des pays émergents. Cela augmente la hausse future anticipée des cours, et réduit donc l‘incitation des producteurs de pétrole à ouvrir les vannes tout de suite. Ils conservent leurs stocks, qu’il pensent pouvoir vendre plus cher dans quelque temps. Le cours du brut augmente inexorablement, jusqu’à ce qu’il soit suffisamment élevé pour que sa croissance future soit en ligne avec les taux d’intérêts.

C’est pourquoi des informations concernant le lointain futur, ou même des rumeurs peuvent avoir des impacts forts sur le cours du pétrole. Ce n’est pas dû à la spéculation. Simplement à l’arbitrage auquel font face les propriétaires de l’or noir. Martin Feldstein en conclut que des politiques et mesures dont les effets ne se feront réellement sentir que dans de nombreuses années peuvent dès aujourd’hui affecter le cours du brut. Il invoque l’exploitation de nouvelles sources de pétrole, des subventions au développement de technologies alternatives, ou des régulations assurant une utilisation moindre de cette matière première. J’ajouterai que le maintien de taxes élevées sur la consommation d’essence va également dans le bon sens, comme expliqué dans la fiche sur La taxe sur les produits pétroliers. 

A quel facteur attribuer la hausse récente des cours ? A l’augmentation de la demande en provenance des pays émergents, aux premiers rangs desquels se trouvent la Chine et l’Inde, bien sûr. Mais également à une contraction de l’offre. En 2007, alors que la demande explosait, la production de l’OPEC a diminué de 350 000 barils par jour ![1]  Bien entendu, pour égaliser l’offre et la demande dans de telles circonstances, le prix du pétrole doit augmenter.

Plus pernicieusement, en s’engageant à ne pas répondre à la demande croissante de pétrole, les pays de l’OPEC assurent une montée future de son cours suffisamment forte pour qu’il ne soit pas dans leur intérêt d’extraire du pétrole aujourd’hui, pour les raisons exposées précédemment. On entre ainsi dans un équilibre auto-réalisateur dévastateur : les pays producteurs réduisent fermement leur offre alors que la demande augmente continuellement, ce qui fait monter les cours et alimente les anticipations de croissance future des cours ; anticipations qui à leur tour rendent la décision de ne pas extraire immédiatement du pétrole optimale. 

C’est évidemment un mécanisme fragile, qui n’est pas appelé à durer éternellement. En attendant que le temps ou la diplomatie ne changent les attitudes des pays de l’OPEC, n’accusons pas les traders de faire monter les cours du brut, car cette évolution résulte clairement d’un déséquilibre offre-demande fondamental. 

Pierre Chaigneau 

Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau. 



[1] BP Statistical Review of World Energy, citée dans le Financial Times du 11 juin 2008.

 

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