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Un article d'Eclairages Economiques

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Comment résoudre la crise de l'euro ?

Malgré les sommets européens qui se succèdent, rien ne semble pouvoir enrayer la crise de l’Euro. L’intervention de la Banque Centrale Européenne en faveur des banques n’apporte qu’une éphémère bouffée d’oxygène à l’Italie et à l’Espagne qui ont toujours le plus grand mal à refinancer à des taux abordables leur 2500 milliards d’euros de dettes. Jugeant la stratégie d’austérité budgétaire adoptée par les gouvernements européens peu convaincante, Standard&Poor’s a décidé en janvier 2012 de dégrader plusieurs pays européens dont la France. En effet, il semble de plus en plus clair que, si un changement de cap n’est pas rapidement décidé, la zone Euro finira par imploser.

Les marchés ont durablement perdu confiance dans la capacité de la plupart des Etats européens à rembourser leurs dettes. Face à une telle situation, seule la banque centrale, dont la capacité à racheter des obligations souveraines est illimitée, peut restaurer la confiance des investisseurs en assumant son rôle de prêteur en dernier ressort. La Banque Centrale Européenne doit donc racheter une quantité suffisamment massive de dette italienne et espagnole jusqu’à ce que les taux de leurs obligations à 10 ans redescendent à 3 ou 4%.

Soulignons que, si les pays aidés sont solvables, alors ils rembourseront leurs dettes et l’augmentation de la masse monétaire engendrée par l’intervention de la BCE ne sera que temporaire et donc non inflationniste (la BCE pouvant stériliser son intervention en vendant des obligations allemandes ou, à défaut, en payant un intérêt sur les réserves que lui ont confié les banques). Reste néanmoins le risque que, fort du soutient de la BCE, les pays aidés ne fassent pas les efforts budgétaires nécessaires pour rester solvables.

La contrepartie de l’assistance de la BCE doit donc nécessairement être l’élimination rapide des déficits budgétaires. Des engagements fermes doivent être pris en ce sens et, pour être crédibles, leur non respect doit déclencher des coupes automatiques dans les dépenses publiques des pays concernés. Soulignons d’ailleurs que, en cas de déficits publics excessifs, une amende serait contreproductive. En effet, elle aggraverait les déficits, ce qui ne ferait qu’éloigner le pays du retour à l’équilibre de ses comptes publics.

Bien que nécessaire, la forte contraction budgétaire de la plupart des pays de la zone Euro pèsera lourdement sur la croissance à un moment où la demande de biens et services est déjà inférieure aux capacités de production. Une diminution de la croissance, qui contribuerait à augmenter le ratio Dette/PIB, est de nature à fragiliser la soutenabilité de la dette publique. Pire encore, elle pourrait remettre en cause la capacité politique des gouvernements européens à mettre en œuvre le plan de sortie de crise.

Les marges de manœuvre budgétaires étant inexistantes à l’échelle nationale, c’est aux autorités européennes que doit revenir la responsabilité de soutenir la croissance de la zone Euro. La BCE doit, en prévision du ralentissement économique, diminuer son taux directeur, en n’hésitant pas à aller jusqu’à 0%. Elle doit également relever son objectif d’inflation à 4 ou 5%. L’objectif actuel de 2% contraint les salaires espagnols, qui se sont emballés avant la crise, à ne baisser en terme réel que de 2% par an, condamnant ainsi l’Espagne à des années de chômage de masse. Plus généralement, l’inflation facilitera les ajustements nominaux qui permettront de régler les problèmes de compétitivité au sein de la zone Euro.

Ces mesures ne suffiront probablement pas à empêcher une sévère récession. Il faut donc impérativement envisager la mise en place d’un plan de relance budgétaire massif au niveau européen. Mis en œuvre par la commission européenne, il pourrait par exemple financer des subventions à l’investissement privé ainsi que des dépenses publiques d’investissement dans les infrastructures ou l’enseignement supérieur et la recherche. Ce plan de relance serait financé par des obligations garanties par la BCE et remboursées par les pays européen une fois la crise passée et la croissance retrouvée.

Ces mesures de relance peuvent paraitre excessivement ambitieuses, mais elles sont tout simplement le prix à payer pour sauver notre monnaie unique.

Jean-Baptiste Michau

 

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