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Un article d'Eclairages Economiques

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Placements en 2013 : attention à l'inflation

On l'a déjà annoncé sur ce site, l'inflation sera une conséquence sinon nécessaire du moins très probable de la crise actuelle. Il est plus difficile de prédire quand elle s'actualisera. Ce sera vraisemblablement plutôt à moyen-terme qu'à court-terme du fait des pressions déflationnistes actuelles. Celles-ci sont principalement dues :
 
(1) Au cycle économique (période de récession).
 
(2) A l'"austérité", à laquelle ne peuvent finalement échapper des pays dont les Etats ont trop dépensé trop longtemps.
 
(3) Aux divers changements au niveau de la régulation bancaire. Ceux-ci visent à réduire le risque économique des activités bancaires, mais ils se traduiront également par une diminution du financement des activités économiques et un conservatisme accru des banques. On ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre!
 
A moyen-terme pourtant, de nombreuses raisons suggèrent un retour soutenu de l'inflation :
 
(1) L'inflation réduit le poids des dettes existantes, dont les intérêts et le principal sont spécifiés en termes nominaux. En effet, la capacité d'un pays à honorer ses dettes dépend du niveau de dette public rapporté au potentiel productif du pays, tel que mesuré par le PIB. Cela explique l'importance du ratio dette/PIB. Imaginons que tous les prix dans l'économie doublent du jour au lendemain : les obligations en matière de dette n'ont pas changé, mais le PIB est maintenant deux fois plus élevé. Autrement dit, le poids de la dette a été en quelque sorte divisé par deux !
 
(2) Les banques centrales pourraient "monétiser" les émissions de dette publique, en achetant purement et simplement autant d'obligations d'Etat que nécessaire. Cela permet bien entendu aux Etats de se financer facilement. Cependant, comme il n'y a pas de miracle en économie, cela se traduira par de l'inflation, souvent appelée "taxe inflationniste". En gros, plutôt que de taxer directement l'activité économique, l'Etat (en collusion avec la banque centrale) se finance en diminuant la valeur de la monnaie, donc le pouvoir d'achat de la population. L'histoire est riche d'épisodes durant lesquels les souverains ont payé leurs dettes (souvent de guerre) de la sorte. Si au moyen-âge il s'agissait de réduire le contenu des pièces en métaux précieux, de nos jours on a recours au "quantitative easing". Mais le principe reste le même.
 
(3) Au fur et à mesure que les politiciens n'agissent pas ou peu et que la crises de la dette publique s'étend, le risque de perte de confiance envers le système financier et les banques en particulier s'accroît. En effet, les banques détiennent énormément de dette publique, et seraient très fragilisées par la perte de valeur de celle-ci -- d'autant plus qu'elles s'endettent à court-terme et sont donc vulnérables à une panique bancaire (ou "bank run") de leurs créanciers. Cette fois, contrairement à ce qui s'est passé 2008, des Etats surendettés ne pourront secourir les banques. Seules les banques centrales pourront agir. Pour préserver la stabilité du système financier, elles seront amenées soit à refinancer certaines banques à des taux préférentiels, soit à les recapitaliser, soit à acquérir directement certains de leurs actifs. Dans tous les cas, cela appelle une certaine création monétaire.
 
(4) L'inflation permet de rétablir un certain nombre d'équilibres économiques. En particulier, le coût du travail trop élevé en Europe du Sud (et en France) est un facteur de chômage structurel et de faible compétitivité. Une inflation sur les prix des biens et services qui ne se répercuterait que partiellement sur les salaires (notamment le SMIC, qui a depuis 40 ans cru beaucoup plus rapidement que le salaire médian : http://www.eclaireco.org/smic) permettrait de réduire les obstacles à l'emploi, notamment l'emploi peu qualifié. 
 
(5) L'inflation permet également de réduire le poids des obligations publiques qui ne sont pas comptabilisées en tant que dette, par exemple les retraites, dont le poids est appelé à exploser dans les années à venir. Dans la mesure où celles-ci ne sont pas parfaitement indexées sur l'inflation, l'inflation diminue leur poids dans l'économie.
 
(6) Enfin, l'inflation est favorable aux agents économiques endettés, et défavorable aux créanciers. Les pressions électorales peuvent amener les politiciens à se soucier avant tout des premiers, généralement plus nombreux que les seconds. Par exemple, The Economist relève qu'aux Etats-Unis, 75% des ménages sont endettés, contre seulement 15% qui détiennent des instruments de dette (source). Pour remporter une élection, le calcul est simple...  

Comme se protéger voire profiter de l'inflation ? C'est simple : être "long" (acheter) des actifs réels, tels les actions, l'immobilier, les matières premières, les métaux précieux, et être "short" (vendre) les actifs nominaux tels les obligations, les livrets A, et autres placements similaires. Pour combiner ces deux stratégies, il est possible de s'endetter (ce qui revient à vendre un actif nominal) pour acheter un actif réel. C'est évidemment une stratégie risquée, mais qui pourrait se révéler très payante en cas d'inflation soutenue.

Pierre Chaigneau
 

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