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Le SMIC

Par définition, le salaire minimum interdit la création de certains emplois. D’autant plus que son niveau est élevé. Or il a depuis 30 ans cru deux fois plus vite que le salaire moyen. Résultat : de nombreuses personnes sont inemployables. 
 

L’existence d’un salaire minimum à un niveau relativement élevé interdit littéralement à plusieurs millions d’individus d’avoir un emploi. Ce n’est pas une interprétation, c’est une implication directe de la loi sur le salaire minimum (SMIC en France).

La contribution d’un salaire minimum au chômage dépend évidemment de son niveau. Lorsque la productivité du travail médiane (correspondant à peu près au salaire médian) est largement supérieure à la productivité du travail correspondant au salaire minimum, peu d’individus se trouvent au chômage : ils ont en effet presque tous une productivité supérieure à celle correspondant au salaire minimum. Les gains pour les entreprises sont supérieurs aux charges, et elles embauchent. Si en revanche le salaire minimum augmente trop vite, de nombreux individus deviennent inemployables, car leurs compétences et expériences sont telles qu’une entreprise perdrait de l’argent en les embauchant.

Il s’ensuit que plus le salaire médian est supérieur au salaire minimum, moins ce dernier représente une barrière à l’emploi. Or la France est le pays industrialisé dans lequel le salaire minimum est le plus élevé par rapport au salaire médian. 13,4% des salariés sont au SMIC en 2003. Ils étaient moins de 3% en 1967.[1] Le salaire minimum institue une interdiction légale de travailler pour une partie des Français, ceux dont la productivité est trop basse pour qu’il soit viable de les embaucher.

 
Source : OCDE. A noter qu’il n’existe pas de salaire minimum national en Allemagne.[2]

Un rapport officiel commandé par le gouvernement français[3] a récemment confirmé que le SMIC est un facteur de chômage. Il met en évidence « un effet d’éviction de l’emploi pour les travailleurs les moins qualifiés et les jeunes ». Ainsi, un relèvement de 1% du SMIC produirait une baisse de l’emploi des jeunes de 0,1%.

 
 

Source : INSEE, DADS de 1950 à 2005.

La croissance du SMIC par rapport au salaire moyen a été spectaculaire depuis plus de 30 ans, contribuant ainsi à mettre de plus en plus de personnes « hors marché ». Cette tendance est d’autant plus dramatique que chaque année 120 000 jeunes sortent du système éducatif sans diplôme, alors que la France accueille une masse considérable d’immigrés peu qualifiés.[4] Or ces deux populations ont les pires difficultés à s’insérer dans le marché du travail, du fait du décalage entre leur faible productivité et leur coût trop élevé pour l’entreprise, du fait du poids combiné du SMIC et des charges

Milton Friedman résume bien les effets pervers du salaire minimum en ces termes : "The minimum wage law is most properly described as a law saying employers must discriminate against people who have low skills. That’s what the law says. The law says here’s a man who would — has a skill which would justify a wage rate of $1.50, $2.00 an hour. You can’t, you may not employ him. It’s illegal. Because if you employ him you have to pay him $2.50. Well, what’s the result? To employ him at $2.50 is to engage in charity. Now there’s nothing wrong with charity. But most employers are not in a position where they can engage in that kind of charity." 

Il est tout à fait possible que les entreprises soient en faveur d'un salaire minimum relativement élevé. Ainsi, en Angleterre, une confédération d'employeurs a simplement expliqué qu'un salaire minimum élevé empêchait l'éclosion de nouvelles entreprises potentiellement concurrentes. Ces dernières commenceraient en effet avec une productivité typiquement plus faible, et ne pourraient pas payer tous leurs employés au niveau d'un salaire minimum trop élevé. Par ce biais, le salaire minimum protège les entreprises existantes et diminue le dynamisme de l'économie.

Bruno Lannes, Pierre Pâris  

Pour en savoir plus : 

Editeurs : Pierre Pâris, Bruno Lannes, Pierre Chaigneau.

[1] Sources : Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, et INSEE.

[2] Il était cependant question d’en introduire un en décembre 2007. Ce à quoi Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque Centrale Européenne, a répondu : « Setting minimum wages at levels which are not in line with productivity reduces the employment chances of less skilled workers and of the unemployed. » L’institut économique Ifo estime quant à lui qu’un salaire minimum de 7,5 euros par heure coûterait un million d’emplois à l’Allemagne. Le Financial Times renchérit dans son éditorial : « Rarely in business are cause and effect so dramatically demonstrated. Last week, the German government decided to apply a minimum wage to the postal industry. In response, a competitor of Deutsche Post, the part-privatised former monopoly, has announced big job losses. » Sources : Financial Times, 6 et 7 décembre 2007.

[3] Rapport de Jean-Denis Combrexelle, directeur des relations du travail.

[4] Comme constaté dans notre article sur L’immigration